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Le 20 DÉCEMBRE 2007
Ce réviseur de textes dévoué
en
a eu marre de lutter pour maintenir
la qualité et
l’intégrité du journal
«Franchement, je commençais à être
fatigué de lutter contre la compagnie pour m’efforcer
de maintenir la qualité et l’intégrité du
quotidien dont elle est propriétaire»,
dit Charles Shannon en expliquant pourquoi il s’est
empressé d’accepter l’indemnité de
départ anticipé offerte par CanWest Global
Corporation.
Il a pour ce faire évalué la
logistique mathématique de l’offre. «J’ai
64 ans, et je commençais à me demander
pendant combien de temps encore je voudrais demeurer
esclave d’un salaire. J’envisageais de
continuer pendant un an ou deux. Puis, la compagnie
a offert aux employés de la Rédaction
une indemnité de départ volontaire d’un
an et demie de salaire. Travailler deux années
de plus pour gagner une différence de six mois
de salaire ne m’a pas semblé très
logique.»
«
Réduire le personnel
pendant que vous tentez d’augmenter votre présence
sur le web, c’est une recette qui mène
droit à l’échec», dit Shannon
de la stratégie d’entreprise de CanWest. «Mais
comme par hasard, la veille du jour ou The Gazette
a annoncé son offre d’indemnité de
départ, je ruminais en compagnie d’un
autre réviseur de textes les conditions sous
lesquelles nous devons travailler. ‘S’ils
nous offraient un départ volontaire’,
lui ais-je dit, ‘je prendrais tout de suite
mes jambes à mon cou.’ Le lendemain,
ils m’ont pris au mot. Avais-je vraiment le
choix?»
Dans une note (peut-être prophétique)
adressée aux membres et intitulée «Un
gourou de la Guilde quitte pendant que tout va bien»,
le vice-président de la Montreal
Newspaper Guild écrivait
en farce que «La Gazette a offert une tonne d’argent
pour ne pas travailler – le rêve secret
de tout syndicaliste. Qui aurait pu résister
? De plus, je peux maintenant écrire tous les
titres allitératifs que je désire et
personne ne les verra jamais sous forme imprimée».
Shannon, qui milite au sein de la Guilde depuis seulement
10 ans, a débuté comme représentant
informel de la salle de rédaction, est devenu
par la suite négociateur et président
de l’unité principale, puis second V.-P.
en 2003. Il a été nommé seul vice-président
en 2006, après une restructuration du cadre
des officiers. Avec plusieurs années d’expérience
comme délégué aux réunions
du Conseil des représentants nationaux de CWA
Canada, il est devenu au printemps dernier membre à titre
personnel de l’exécutif de notre syndicat
parent.
«Pendant
tout ce temps, j’ai aidé à alimenter YourMedia.ca, alors dans son enfance, et je suis
devenu président du CanWest
Global Caucus (de SCA Canada).»
Shannon demeure philosophe au sujet
de sa participation au syndicat. «C’est
une tâche ingrate, mais quelqu’un doit
l’accomplir. Les enjeux sont la qualité de
votre emploi et la fierté que vous pouvez en
retirer. En outre, on rencontre de nouveaux collègues
intéressants et on visite des endroits fascinants.»
Dans sa note affichée sur les babillards de
la Guilde, Shannon écrit que «les dernières
années ont été marquées
de quelques bouleversements, à la fois à The
Gazette et à la Guilde. Mais en général,
si je regarde en arrière, ce fut passionnant
et je n’aurais pas voulu en rater une seule minute.
Eh bien, disons peut-être quelques minutes…»
Il souligne que «le Local
a non seulement défendu et représenté ses
membres, mais il a constamment milité en faveur
de l’intégrité journalistique et
du principe que rapporter les nouvelles constitue une
fiducie d’intérêt public. Je suis
fier du modeste rôle que j’ai joué.»
Ce fut loin d’être un
rôle modeste. Shannon a été, en
compagnie de l’ancien président du Local
Jan Ravensbergen, le principal architecte du site web
Your Media, créé en 2004 par SCA Canada
pour constituer la principale ressource au sujet de
la concentration de la presse au pays.
Ce
sont de plus les activistes de la Montreal
Guild qui ont été les fers de lance des imposantes
présentations faites à l’occasion
de l’enquête du Sénat sur la concentration
des médias. Le Comité des transports
et des communications, alors sous la présidence
de la sénatrice Joan Fraser — une ancienne
rédactrice en chef de la Montreal Gazette — a
déposé ses recommandations en juin
2006.
«Une fois les libéraux
chassés du pouvoir, le rapport du sénateur
Fraser ne pesait pas lourd, mais tout ce que nous avons
prédit est maintenant arrivé, ou va bientôt
l’être. Le délestage, par CanWest,
de la Presse canadienne n’était qu’un
début. Les pages éditoriales et d’opinion
figurent parmi celles qu’envoyait The Gazette à Hamilton
pour en faire la «pagination». (Entendez-vous
sonner un signal d’alarme?) On ne peut pas vraiment
stopper un train emballé comme le Asper
Express avant qu’il s’écrase contre un mur.
Avec les nouvelles dettes qu’il est déterminé à empiler
sur ses anciennes, cette catastrophe ferroviaire n’est
peut-être plus très loin,» croit
Shannon.
Il demeure que, «m’a carrière a été excellente,
et généralement amusante,» dit-il.
Après avoir consacré 15 années à différentes
publications, il est entré en 1980 au service
de la Gazette est a travaillé comme réviseur
de textes dans plusieurs services, dont News,
Living et Entertainment.
Mais les choses ne sont plus comme
avant.
«Ces jours-ci, les pseudo-nouvelles sont principalement
statiques et remplies d’effets, et la responsabilité de
filtrer le pire de cette merde et de souligner ce qui
est vraiment important est une profession honorable,» soutien
Shannon.
«Je suis entré au service d’une
chaîne de quotidiens gérée par
les Southam, une famille bien établie depuis
longtemps dans ce domaine. Lorsque Conrad Black a pris
la succession, il y a eu des frictions au niveau de
la page éditoriale, mais aucune tentative en
vue d’orienter les nouvelles.
«Les Asper sont ensuite arrivés, emmenant
avec eux le concept que le fait d’être
propriétaire vous confère le droit absolu
de décider quelle est la «réalité» sur
laquelle il convient d’écrire. Nous avons
eus de petits différents au niveau du concept
des éditoriaux nationaux», dit-il aigrement, «et
nous avons également reçu l’ordre
de substituer le mot ‘terroristes’ aux
expressions ’militants’ et ‘insurgés’ (dans
les articles relatifs au Moyen-Orient). CanWest n’a
jamais annulé cet ordre, mais a renoncé à tenter
de le faire respecter. En compagnie de douzaines d’autres
réviseurs et activistes du syndicat, je suis
heureux d’en revendiquer le crédit.»
En se tournant vers l’avenir, Shannon dit qu’il
pense à écrire quelques livres, probablement
de fiction historique, et qu’il aimerait dessiner,
peut-être en vue de devenir caricaturiste à la
pige. Il espère aussi pouvoir consacrer plus
de temps à ses hobbies: «l’aviation
(je ne vole pas vraiment, mais je me tournerai peut-être
vers les ultralégers), la fabrication (et aussi
la consommation) de vin et de bière maison,
et la peinture (ce que je devrais désormais
avoir le temps de faire après avoir cessé de
peindre il y a quelques années.)»
Shannon, dont les enfants adultes
sont «bien
lancés dans leurs carrières» (Stephanie
va bientôt obtenir sa certification d’acuponctrice
et Ulric travaille pour les Affaires étrangères
au Moyen-Orient) se rendra au Maroc en février
prochain pour assister au mariage de son fils.
Mais il prévoit tout d’abord assister à un
autre genre de réunion. Comme 20 personnes ont
accepté l’offre de départ anticipé, «il
devrait y avoir un sacré party d’au revoir» à la
mi-janvier. «Quelqu’un va très probablement
se souler à bloc et dire ses quatre vérités à tout
responsable qui aurait l’audace de se présenter. Ça
promet vraiment d’être amusant.» |