|
Le 26 FÉvrier 2004
La Gazette règle un grief relié à la liberté d’expression
avec une confirmation sans précédent des droits
À MONTRÉAL, UN PACTE ABOLIT UNE ORDONNANCE DE SECRET
Montreal Newspaper
Guild | Le
Local 30111 de TNG Canada
OTTAWA — Les journalistes de la Montreal Gazette, à qui
on avait imposé le silence il y a plus de deux ans, lorsqu’ils
s’étaient révoltés contre une attaque de CanWest
Global au niveau de l’indépendance rédactionnelle,
ont officiellement retrouvé la parole aujourd’hui.
Un règlement d’arbitrage historique, entre la Gazette et
la Montreal Newspaper Guild, un local de TNG Canada/CWA, affirme les
droits fondamentaux des journalistes, y compris le droit de « contribuer
et participer à des débats publics » au sujet
des politiques de cueillette des nouvelles du journal, de sa direction éditoriale
ou de tout autre sujet.
La Gazette avait imposé une ordonnance de silence à ses
journalistes en décembre 2001, après qu’ils aient
refusé de signer leurs articles et se soient publiquement opposés
au projet de CanWest Global Communications Corp. de publier dans ses
principaux quotidiens canadiens des « éditoriaux nationaux » —
en grande partie rédigés depuis leur bureau chef de Winnipeg.
En mars 2002, CanWest a étendu la portée de l’ordonnance à toutes
ses salles de nouvelles écrites et électroniques partout
au Canada, à la suite d’une vague de protestations contre
la censure au Regina Leader-Post.
Le règlement de Montréal ne s’applique qu’à la
Gazette. Il met fin à deux griefs déposés par la
Guilde; un pour protester l’ordonnance de secret initiale, et l’autre
pour faire objection à un avertissement formel adressé au
journaliste William Marsden, après qu’il eut pris part à un
débat public sur la concentration des médias.
Ironiquement, l’éclatante victoire de la Guilde de Montréal, à l’issue
de sa lutte en faveur de la liberté d’expression, a rapporté au
personnel de la Gazette des droits plus explicites que ceux que d’autres
employeurs donnent à leurs journalistes au Canada.
Arnold Amber, directeur de TNG Canada/CWA, est
d’avis que le règlement « met
fin avec succès à ce qui s’est avéré une
période très difficile pour les journalistes de la Gazette.
Ils peuvent maintenant expliquer au public qu’ils servent les questions
qui les touchent ».
« J’espère que CanWest Global va étendre
l’application du règlement de Montréal à tous
ses journaux et à toutes ses stations de télévision
partout au Canada, et que les autres propriétaires de médias
feront de même », ajoute Amber. « CanWest
Global se trouve à avoir reconnu que tous ses employés
ont droit à ces libertés. »
Pour Jan Ravensbergen, président de la Montreal Newspaper Guild,
le règlement « réaffirme des principes fondamentaux,
et nous permet de mettre fin à plus de deux années de froid
dans la salle des nouvelles ».
Maintenant libéré de son bâillon, Marsden fait remarquer
que « Le public n’est pas normalement en mesure de reconnaître
où les intérêts des propriétaires de médias
peuvent interférer avec le processus libre et indépendant
de cueillette des nouvelles. Les journalistes doivent lutter contre les
abus, et c’est ce qu’ils font. Sinon ce ne sont plus des
journalistes, mais des propagandistes. »
La liberté d’expression et la liberté de presse
sont deux des principes fondamentaux sous-jacents à l’entente
ratifiée par la Gazette et par la Guilde, et « ils
gouverneront leurs relations ainsi que les futures conditions de travail
des journalistes » employés par le journal de la CanWest,
dont la Guilde représente quelque 350 employés dans différents
départements.
Le pacte déclare que « les responsables et les membres
de la Guilde qui produisent le journal ont l’obligation de servir
la confiance du public », et que « les journalistes
et la Gazette doivent chacun travailler à assurer la liberté de
presse et la liberté d’expression ». Il ajoute
que « tous les éditeurs doivent préserver et
défendre ces droits », qui sont garantis par la Charte
fédérale des droits et libertés.
Selon Amber, la lutte a constitué une épreuve d’endurance
pour les membres de Montréal. « Je félicite
les journalistes de la Gazette, qui ont maintenu une position déterminée,
conforme à leurs principes, tout au long de ce conflit. Je crois
que ce qu’ils ont accompli reflète bien l’esprit,
la philosophie et la détermination qui caractérise l’histoire
de la Guilde. »
Cette
victoire est la seconde que remporte le local de Montréal
au sujet de la liberté de presse: en octobre, un arbitre
de Québec a décidé que les journalistes de la
Gazette ont le droit de ne pas signer leurs articles « chaque
fois qu’ils le jugent à propos ».
Au début de décembre 2001, les journalistes avaient cessé de
signer leurs articles publiés dans le journal pour protester contre
la politique des éditoriaux nationaux de CanWest.
Les rebelles de la Gazette ont créé un site Web de protestation,
et rédigé une lettre ouverte de dissidence, qui a été publiée
par les journaux de langue française de Montréal, dans
le Globe and Mail, et dans d’autres médias.
Éventuellement, la répression de la soulevée des
journalistes de la Gazette devait entraîner, au Canada comme à l’étranger,
la condamnation de la censure et du contrôle rédactionnel
exercés par CanWest. Jusque là, les journaux appartenant à la
chaîne avaient été indépendants au point de
vue rédactionnel.
« Cette série de décisions arbitrales et d’ententes
constitue une victoire totale pour la liberté de presse et pour
le grand public », explique le journaliste Marsden. « C’est
un message lancé à tous les propriétaires de médias, à l’effet
que les journalistes ne se laisseront pas bâillonner, pendant que
les éditeurs mettront en veilleuse la liberté d’expression
et la liberté de la presse en faveur de leurs propres agendas
politiques, culturels et commerciaux. »
« Ces décisions servent également d’avertissement »,
ajoute Marsden. « Si nous, les journalistes, ne combattons
pas chaque tentative de censure et de contrôle de la pensée,
ce pays va graduellement perdre ses libertés démocratiques. »
Le règlement de l’ordonnance de secret résout deux
griefs déposés en 2002, qui devaient être entendus
au cours des prochains mois par deux différents arbitres québécois
du travail.
Un des griefs portait sur la « mise en garde » de
longue portée adressée par les responsables de la Gazette
au personnel de la salle des nouvelles le 14 décembre 2001. Sous
peine de suspension ou de mise à pied en cas de dérogation,
la mise en garde interdisait spécifiquement aux membres de la
salle des nouvelles de « produire des éléments écrits,
parlés, visuels ou de site Web, sous forme de nouvelle ou de commentaire,
qui déroge aux obligations de loyauté élémentaire
des employés envers la Gazette et ses propriétaires ».
Le second grief portait sur un avertissement formel adressé plus
tard par la Gazette à Marsden. Cet avertissement mentionnait la
mise en garde originale, ainsi qu’une ordonnance de secret subséquente,
adressée en mars 2002 à tous les employés de CanWest,
qui les menaçait également de suspension et de mise à pied.
L’avertissement adressé à Marsden portait sur des
commentaires exprimés à l’occasion d’un débat
public sur la concentration des médias, et sur le contrôle
exercé par CanWest au niveau du contenu rédactionnel, au
cours d’une réunion en avril 2002 de l’Association
canadienne des journalistes.
Le règlement touchant l’affaire
Marsden déclare
l’avertissement qui lui a été adressé « nul
et non avenu » — signifiant ainsi qu’il est réputé n’avoir
jamais existé ou été en vigueur.
|