logobanner

 

Menace de lock-out: les journalistes d’Halifax se prononcent à 98,3 % en faveur d’un débrayage

Samedi dernier, le personnel de la salle de rédaction du quotidien Chronicle Herald d’Halifax a contré la menace d’un lock-out en votant à 98,3 % en faveur d’un débrayage. Le syndicat souhaite ainsi qu’un tel mouvement de solidarité amène l’entreprise à effectuer un retour à la table de négociations munie d’une proposition raisonnable.

« Ce vote constitue une dénonciation véhémente des tactiques d’intimidation privilégiées par le Chronicle Herald lors des négociations syndicales, a indiqué dans un communiqué de presse Ingrid Bulmer, présidente de la Halifax Typographical Union (HTU). Leur menace de lock-out et leurs efforts afin d’anéantir la salle de rédaction sont tout à fait inacceptables. »

La survie même d’un journalisme de qualité est au cœur des négociations au sein du plus important quotidien indépendant au Canada. La direction de l’entreprise a manifesté son intention de se départir de la quasi-totalité de l’équipe de montage du journal, en plus d’offrir des emplois aux conditions salariales considérablement moindres dans le département non syndiqué des publireportages, maintenant ainsi le cap sur une diminution de la couverture de l’actualité et une plus grande présence de « contenu commandité » dans ses publications.



Dans un geste pour le moins inhabituel en ce qui a trait aux relations de travail en Nouvelle-Écosse, l’entreprise a émis un avis de lock-out le 11 janvier dernier, avant même la conclusion du processus de conciliation.

Malgré des discussions ultimes de conciliation prévues ce mercredi et jeudi, et même si le PDG du Herald Mark Lever a insisté, dans une annonce parue dans son journal samedi dernier, sur le fait qu’il n’a jamais prévu imposer un lock-out aux employés, ces derniers ont été sommés de remettre tout leur équipement à l’entreprise d’ici vendredi à 16 heures. Les deux parties se retrouveront donc en position de lock-out ou de débrayage légitime à compter de minuit une minute le samedi 23 janvier prochain.

« Nous ne souhaitons certes pas un arrêt de travail, a insisté David Wilson, représentant du personnel chez SCA Canada, le syndicat mère de la section locale. Au contraire, nous tenons à travailler de concert avec l’entreprise afin d’en arriver à une convention collective qui soit juste et équitable pour toutes les parties, tout en protégeant le journalisme de qualité. »

La HTU représente quelque 61 journalistes, photographes, monteurs, rédacteurs et membres du personnel de soutien au sein de son unité de négociation. Soixante d’entre eux ont soumis leur vote samedi dernier, et un seul membre votant s’est prononcé contre un mandat de grève.

L’entreprise a amorcé les négociations avant Noël en mettant sur la table une proposition draconienne comportant d’importantes baisses salariales, l’abolition du régime de retraite, un remaniement complet de la convention collective et la mise à pied de dix-huit employés, dont la plupart des monteurs et la totalité des photographes.

Même si Lever a affirmé le contraire, le Herald a tout de même mis en branle il y a plusieurs semaines les préparatifs en vue d’un lock-out. La direction tente de recruter des étudiants en journalisme et divers pigistes afin de remplacer les employés dans l’éventualité d’un lock-out.

Lors d’une grève des signatures d’une durée d’une journée imposée par la HTU la semaine dernière, l’entreprise en a profité pour faire en sorte que les briseurs de grève ne soient pas connus du public en omettant « indéfiniment » de publier toute signature d’article et source de photographie.

Le président de SCA Canada Martin O’Hanlon a pour sa part conseillé les pigistes et récents diplômés en journalisme de bien réfléchir avant de s’engager à effectuer le travail d’une personne sur un piquet de grève.

« Le message que nous envoyons aux jeunes journalistes qui envisagent la possibilité de devenir briseurs de grève n’est pas que nous allons les dénoncer et les réprimander, mais bien que notre combat vise à assurer leur avenir, afin qu’ils puissent profiter d’un solide emploi qui leur permet d’exercer un journalisme de qualité », a-t-il dit.

D’ajouter le président : « Partout au monde, des journalistes sont assassinés simplement parce qu’ils refusent de compromettre leurs principes et d’abandonner leur quête de la vérité et de la justice. Or, quiconque choisit d’amorcer sa carrière en abandonnant justement ses principes se trouve à trahir ses collègues, la profession elle-même et leur propre humanité ».