
2016.01.12 | Le Local 30130 de SCA Canada | Halifax Typographical Union
L’entreprise menace le journalisme et les nouveaux emplois
Près du tiers des emplois de la salle de rédaction et la survie même d’un journalisme de qualité sont en jeu au quotidien Chronicle Herald d’Halifax, alors que la direction a fait parvenir un avis manifestant son intention de décréter un lock-out à compter de minuit une minute le 23 janvier prochain.
Le milieu du journalisme a été stupéfait d’apprendre les intentions de l’entreprise de sabrer la couverture de l’actualité, tout en accroissant le « contenu commandité ».
L’une des propositions du Herald parmi les plus ahurissantes est de se départir de la quasi-totalité de son équipe de montage, en plus d’offrir des emplois aux conditions salariales considérablement moindres dans le département non syndiqué des publireportages.
L’entreprise cherche aussi à couper dans les salaires et le régime de retraite (elle vise notamment à remplacer celui déjà en place), en plus de rouvrir et renégocier la convention collective.
La Halifax Typographical Union (HTU), qui représente 61 employés de la salle de rédaction, entend tenir un vote de grève le 16 janvier afin d’amener l’entreprise à négocier de façon raisonnable lors des deux journées de conciliation prévues les 20 et 21 janvier.
Ingrid Bulmer, présidente de ce local de SCA Canada, se dit toutefois peu optimiste. « Nous croyons que l’intention de l’entreprise a toujours été d’imposer un lock-out », a-t-elle indiqué.
Les pourparlers ont échoué peu de temps avant Noël, alors que l’entreprise a brusquement mis fin aux discussions de conciliation, « laissant entre les mains du syndicat une redéfinition complète de la convention collective qui nous ferait reculer vingt ans en arrière », a déploré Bulmer.
Le président de SCA Canada Martin O’Hanlon s’explique mal comment la direction pourrait imposer un lock-out, sachant que le quotidien en subirait de sérieux contrecoups au moment où l’entreprise avoue justement éprouver des difficultés financières.
« Pourquoi, s’ils ont effectivement des problèmes financiers, oseraient-ils poser un tel geste?, s’interroge-t-il. Un lock-out entraînerait la perte d’annonceurs et d’abonnés, certains pour de bon. Il est tout de même quelque peu déconcertant que nous soyons davantage préoccupés par le sort du Herald que la direction de l’entreprise. »
D’ajouter O’Hanlon : « Nous continuons d’espérer que ces gens entendront raison et qu’ils en viendront à étudier sérieusement la proposition du syndicat lors des discussions de conciliation prévues la semaine prochaine. À ce jour, l’entreprise a plutôt imposé une attitude de tout-ou-rien qui mènerait à des réductions au niveau des salaires et du régime de retraite, en plus de revoir entièrement la convention collective – même les éléments qui ne sont pas de nature monétaire. »
L’entreprise a d’ores et déjà manifesté son intention de mettre à pied dix-huit employés –, et ce, même si le syndicat a accepté certaines concessions, dont une hausse du nombre d’heures de travail, des mises à pied sans égard à l’ancienneté et l’abolition de la clause de la convention où il est question de rémunération équivalente pour travail équivalent en ce qui a trait aux hommes et aux femmes.
L’unité de négociation est composée de journalistes, photographes, rédacteurs, chroniqueurs, monteurs et libraires, en plus de membres du personnel de soutien à Halifax et dans les divers bureaux provinciaux.
La direction du Herald a indiqué qu’elle entendait se débarrasser de ses photographes et redéfinir des journalistes en tant que « journalistes multimédia ». Elle vise aussi à mettre à pied la quasi-totalité de son équipe de montage – soit ceux et celles qui s’affairent à produire trois éditions papier chaque jour, ainsi que les journalistes qui publient du contenu en ligne.
« En observant toutes ces coupes imposées à la salle de rédaction, nous ne pouvons que constater à quel point l’entreprise ne cesse de nous affaiblir : moins de profondeur, moins de journalisme, moins de récits captivants, davantage de résumés de communiqués de presse et davantage de contenu commandité, a observé Bulmer. Tout cela est certes fort insultant, autant pour nous que pour tous les citoyens de la Nouvelle-Écosse qui voient en le Chronicle Herald une source de nouvelles respectable et crédible. »
Il y a à peine un an, le Herald abolissait dix-sept postes à la salle de rédaction, sous forme de mises à pied et de rachats.
« Au même moment, l’entreprise poursuit l’expansion des publireportages et du contenu payé pris en charge par le département de la publicité, a souligné Bulmer. Cela inclut notamment un nombre croissant d’hebdomadaires gratuits distribués d’un bout à l’autre de la province, qui font concurrence aux véritables journaux communautaires solidement établis dans leur région. »