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Photos: Aloke Anand, membre associé de SCA Canada

H.G. Watson (à gauche) a animé une table ronde composée de Martin O’Hanlon (SCA Canada), Joan Antonio
(Rogers Media) et Ann Rauhala (Ryerson).

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Écoles et syndicats doivent se porter à la défense des stagiaires et de la justice

Lisa Ferguson | Membre associÉe

En cette ère où les stages non rémunérés et les emplois précaires semblent être la norme, comment nos institutions pourraient-elles mieux protéger les stagiaires? Et que peuvent faire ceux-ci pour mieux se protéger eux-mêmes? Ces questions étaient au cœur du Forum des travailleurs des médias, organisé par des membres associés de SCA Canada. L’événement a eu lieu à Toronto le 14 novembre dernier.

Le consensus fut que, même si leurs objectifs diffèrent, les syndicats, les écoles de journalisme et les employeurs devraient unir leurs efforts afin de favoriser la création de stages de qualité dans le secteur des médias.

Le président de SCA Canada Martin O’Hanlon a précisé que le syndicat a pour objectif de protéger les stagiaires. Celui-ci se dit d’ailleurs contre les stages non rémunérés « car nous sommes d’avis que les jeunes travailleurs autant que les journalistes devraient être rémunérés pour leur travail ».

Or, les écoles de journalisme et les médias ont eux aussi la responsabilité de dénoncer les injustices, a dit O’Hanlon, ajoutant que les écoles devraient manifester haut et fort leur désaccord envers les stages non rémunérés. L’entente de SCA Canada avec la Presse canadienne en ce qui a trait aux stages rémunérés s’avère d’ailleurs un bon exemple de la façon dont un employeur et un syndicat peuvent travailler de concert afin d’accroître les opportunités d’emploi pour les étudiants.


Sara Tatelman, membre associée de SCA Canada, a
contribué à l’organisation du Forum des travailleurs
des médias.

Joan Antonio, directrice du programme de stage M-School (lié aux magazines) chez Rogers Media, lancé en mai 2013, a pour sa part indiqué que, compte tenu du fait qu’elle cherche à produire du contenu de qualité tout en misant sur les jeunes talents, Rogers se devait d’aller au-delà des stages non rémunérés. « Si l’expérience en soi a certes une grande valeur, la rémunération demeure une bonne source de motivation », a dit Antonio.

Ann Rauhala, professeure agrégée en journalisme à la Ryerson University, a indiqué que les objectifs de l’institution sont d’assurer que les employeurs envoient les étudiants les plus convoités parmi ceux qui en sont à leur dernière année d’études à cette université – soit ceux qui savent comment écrire, tourner et trouver des renseignements – en reportage sur le terrain tous les jours, tout comme ce serait le cas avec les journalistes en début de carrière. Sinon, « nous ne leur envoyons plus nos étudiants », insiste Rauhala.

Si quelques-uns des stages les plus utiles s’avèrent non rémunérés, l’université demeure, depuis des années, mal à l’aise avec l’« injustice inhérente » qui caractérise le travail non rémunéré. « Au minimum, nous devrions instaurer un programme de bourses destinées aux étudiants qui ne sont pas issus de familles prospères », a dit Rauhala.

Si les stages non rémunérés profitent injustement aux personnes privilégiées, et si les organisations du secteur des médias ont recours à des stagiaires non rémunérés (en plus du contenu généré par les utilisateurs) afin de « tirer le maximum de chaque cent », comment alors s’assurer que les médias tiennent compte de la diversité des points de vue et de la qualité et l’exactitude des informations si essentielles dans une société démocratique?

« Ce dont il est question ici, c’est la monétisation du journalisme », a souligné Rauhala, établissant un lien entre le fait qu’on s’attende à ce qu’un étudiant travaille sans être payé, et un enjeu propre au marché du travail sur lequel, selon elle, le pays ferme les yeux depuis onze ans. « Pour une génération de travailleurs, il n’y a tout simplement plus d’opportunités de travail dans certains secteurs d’activité, a-t-elle indiqué. Or, les écoles de journalisme et les syndicats se doivent de chercher à favoriser un certain niveau de réalité et de qualité dans le paysage médiatique. »

Chose que doivent aussi privilégier les travailleurs du domaine des médias. Lors d’une présentation ayant eu lieu durant l’après-midi, deux organisateurs de la Guilde canadienne des médias ont rappelé aux participants que le fait de se porter avec insistance à la défense de nos droits en tant que travailleurs ne peut mener que vers une carrière à la fois durable et satisfaisante dans le domaine des médias. Or, à la base, il importe de toujours insister sur sa propre valeur et celle de son travail tout au long de sa carrière –, et ce, dès l’étape du stage.

« Plusieurs personnes en quête d’un stage semblent croire qu’il faut presque quémander le poste, a de son côté observé la rédactrice et directrice Buffy Childerhose. Or, autant vous que votre travail avez une valeur. »

La journaliste, rédactrice et productrice Denise O’Connell a ajouté que « les employeurs chercheront toujours à nous faire faire des choses sans nous payer. Or, même si certains projets peuvent s’y prêter, lorsque quelqu’un nous demande de travailler sans rémunération, la question que l’on devrait se poser, c’est : et eux, sont-ils payés? Parle-t-on ici d’un organisme caritatif?

Exception faite de quelques projets réalisés surtout pour le plaisir, nous devrions toujours chercher à être compensés pour notre travail. « Certes, nous savons bien qu’on ne paie pas l’hypothèque uniquement en se faisant connaître sur le marché du travail, a reconnu O’Connell. Toutefois, souvent, nous semblons accepter d’emblée ce qui nous est offert. »

En nous sous-estimant soi-même, nous nous trouvons à diminuer la valeur de toute l’industrie. Comme le dit Childerhose, « quand je négocie inefficacement, c’est à vous que je nuis ».

C’est en cherchant à faire partie d’un réseau que vous serez le mieux en mesure de déterminer ce qui est une juste compensation pour votre travail – et ce qui constitue un contrat à éviter. Et on ne parle pas nécessairement ici de joindre un syndicat, mais bien de bâtir une communauté.

Childerhose a invité les participants à redéfinir le terme « réseautage » pour en faire quelque chose qui sert non pas à faire avancer sa carrière, mais à évaluer notre valeur et à aborder collectivement les enjeux affectant l’industrie. Nous détenons considérablement plus de pouvoir lorsque nous connaissons et nous portons ensemble à la défense de nos droits en vertu de la loi, et ce, que nous soyons stagiaires, pigistes ou employés.

Plus tôt dans la journée, O’Hanlon avait invité les participants à « travailler fort et bien, tout en évitant d’être exploités ».

Lisa Ferguson est une rédactrice établie à Toronto. Au cours des deux dernières années, elle fut l’auteure de Toronto’s Vital Signs, une évaluation annuelle de la qualité de vie dans cette ville.

 

Le photographe Aloke Anand est rédacteur en ligne de The Dialog au George Brown College de Toronto.