CWA-SCAcanada logo banner

 

Haute direction de CBC/Radio-Canada: les syndicats des médias n’ont plus confiance et exigent des démissions

Deux syndicats des médias représentant la majorité des employés de CBC/Radio-Canada ont déclaré publiquement que, de leur avis, les dirigeants à la tête du radiodiffuseur public n’étaient plus dignes de confiance et se devaient donc de démissionner.

La Guilde canadienne des médias (GCM) ainsi que le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) ont indiqué que le président-directeur général Hubert Lacroix ainsi que les douze membres du conseil d’administration, tous nommés à leur poste par le gouvernement Harper, ont « procédé de façon systématique à estropier » CBC/Radio-Canada au cours des huit dernières années.

Le président de SCA Canada Martin O’Hanlon a salué l’initiative de la GCM, son plus important local et aussi le principal syndicat au sein de CBC/Radio-Canada. Il y a six mois, O’Hanlon avait justement proposé de telles mesures, alors que Lacroix avait fait fi de la lettre qu’il lui avait fait parvenir, dans laquelle il pressait le PDG de se porter à la défense du radiodiffuseur public et de sommer le gouvernement fédéral de rétablir la somme de 115 millions $ amputée de son budget.



« Il était depuis longtemps devenu évident que CBC/Radio-Canada n’est plus en mesure de s’acquitter de son mandat régi par une loi fédérale, a indiqué O’Hanlon. Le PDG autant que le conseil d’administration avaient le devoir de soutenir un tel mandat et de se porter à la défense de la radiodiffusion publique. Or, ils ont plutôt choisi d’ignorer leur engagement. »

De poursuivre le président : « Au contraire, ces gens ont laissé cette institution nationale vitale être saignée à blanc, ce qui a mené à la disparition de milliers d’emplois, dont ceux de centaines de journalistes qui, justement, surveillaient de près les abus de pouvoir, et qui relataient les récits des Canadiens et de leurs collectivités. Qui pourrait croire que la démocratie et notre société en bénéficient? Or, le gouvernement libéral nouvellement élu ayant promis de rétablir, voire d’accroître le financement accordé à CBC/Radio-Canada, le temps est venu pour Lacroix et ses acolytes nommés par Harper de quitter leurs fonctions. »

De son côté, la présidente de la GCM Carmel Smyth a déclaré, dans une missive publiée sur le site web de la Guilde, que « nous nous joignons à nos collègues représentés par le SCRC (soit le syndicat représentant quelque 3 000 employés de Radio-Canada au Québec et au Nouveau-Brunswick) en exigeant la fin d’un leadership qui s’est consacré à mettre en place des mesures visant à affaiblir le radiodiffuseur public et qui, de ce fait, a perdu notre confiance ».

« L’échec de M. Lacroix et du conseil d’administration de CBC/Radio-Canada de se porter à la défense du radiodiffuseur public est venu anéantir toute confiance que nous pouvions avoir envers leur habileté à diriger la plus importante organisation journalistique au Canada. Plutôt que d’insister pour un CBC/Radio-Canada plus solide que jamais et accessible sur diverses plateformes, ces gens ont affirmé que, même si le financement est rétabli, ils poursuivront leurs efforts afin d’amoindrir CBC/Radio-Canada. »

Smyth a ajouté que, « suite à une longue réflexion et des rencontres avec nos chefs syndicaux partout au pays, nous n’avons eu d’autre choix que de prendre de telles mesures, avant que le plan mis en œuvre par la direction actuelle de CBC/Radio-Canada ne vienne causer des dommages irréversibles et que le radiodiffuseur public en soit réduit à un rôle de distributeur de programmation plutôt que le créateur et leader qu’il devrait être ».

La GCM mentionne des « coupures dans la programmation partout au pays, ainsi que des projets douteux de vendre des immeubles et actifs de production, ce qui viendrait considérablement affecter la capacité pour le radiodiffuseur public de produire des émissions dans les deux langues officielles. En y ajoutant les mises à pied constantes — de plus de 25 pour cent des employés en cinq ans —, on obtient un portrait juste de la vision du PDG et du conseil d’administration actuellement en poste ».

La présidente du SCRC Isabelle Montpetit a indiqué au quotidien Toronto Star qu’après avoir discuté de la situation, les deux syndicats « ont conclu que (Lacroix et le conseil d’administration) n’ont tout simplement plus leur place ».

À compter du 3 novembre, le SCRC fera circuler une pétition parmi ses membres dans laquelle seront énumérés les reproches formulés par le syndicat, soit:

  • Incapacité à défendre le radiodiffuseur public et virage vers la privatisation;
  • Imposition hâtive des coupes budgétaires imposées par le gouvernement conservateu
  • Vente de propriétés appartenant à CBC/Radio-Canada et abolition de la production maison;
  • Mise à pied de plus de 2 100 employés entre 2009 et 2010, et de 1 300 entre 2014 et 2015, en plus du départ prévu de plus de 1 000 employés d’ici 2020.

La GCM a dit vouloir ajouter d’autres items sur cette liste, soit: le démantèlement de la division des documentaires; l’utilisation de la radio à la télévision; l’amoindrissement considérable de CBC Sports; ainsi que la sous-traitance du service météorologique national.

Le fait que les syndicats exigent la démission des dirigeants de CBC/Radio-Canada n’a suscité que très peu d’intérêt de la part des principaux médias. Un article a été publié dans le Toronto Star, et fut repris par le Huffington Post, le Hamilton Spectator et MetroNews. Du côté de CBC, seule l’émission As It Happens, un magazine d’actualité sur les ondes de Radio One, s’est penchée sur le sujet. Le 29 octobre dernier, à la fin d’une entrevue qu’il avait accordée à l’émission, le sénateur conservateur Don Plett a été invité à commenter la position des syndicats, qui avait été rendue publique un peu plus tôt. Le lendemain, Isabelle Montpetit du SCRC était interviewée par Carol Off à la même émission.