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Deux quotidiens du Nouveau-Brunswick larguent leurs photographes: «Un triste jour pour le journalisme»

SCA Canada entend utiliser tous les moyens pour renverser la décision inattendue de Brunswick News de montrer la porte à tous les photographes travaillant à deux de ses trois quotidiens dans cette province.

Déplorant « un autre triste jour pour le journalisme », le président de SCA Canada Martin O’Hanlon a indiqué qu’il discuterait avec les dirigeants de deux sections locales, soit les Typographical Unions situés à Moncton et Saint John, de la possibilité de déposer des griefs.

« Nous allons continuer à nous battre afin d’assurer le maintien d’un journalisme professionnel de qualité et d’emplois locaux » dans tous les quotidiens où SCA Canada représente les employés, a promis O’Hanlon. « Or, comment peut-on espérer livrer un journal de qualité sans que celui-ci ne puisse bénéficier de ses propres photographes? », s’interroge-t-il.

En tout, six membres de l’équipe du département de photographie, dont cinq sont membres de SCA Canada, perdront leur emploi au Moncton Times & Transcript et au Telegraph-Journal de Saint John.

Le photographe syndiqué du Daily Gleaner « n’a pas été licencié à ce jour », a pour sa part précisé Steve Llewellyn, président du Fredericton Typographical Union. La convention collective de la section locale, d’une durée de cinq ans, est arrivée à échéance en octobre 2014. Or, si aucune date n’a été fixée pour l’amorce des négociations, « les mises à pied sont interdites lors des pourparlers », a insisté Llewellyn.

Celui-ci a ajouté qu’autant lui que ses collègues du syndicat au Gleaner sont « attristés et déçus de la nouvelle des licenciements aux départements de la photographie à Saint John et Moncton annoncée lundi ».

« La salle de rédaction est dévastée par l’extermination de notre département de photographie, a dit Dwayne Tingley, président du Moncton Typographical Union. Le photographe principal Greg Agnew, ainsi que les photographes membres du personnel Ron Ward et Viktor Pivovarov travaillaient tous pour l’entreprise depuis près de vingt ans. D’une certaine façon, ils étaient le visage de l’entreprise auprès de la communauté. »

D’ajouter Tingley: « Les salles de rédaction étant de plus en plus réduites, les journalistes quittent rarement leur bureau. Ils doivent ainsi obtenir les informations pour leurs articles par téléphone ou par courriel. De ce fait, les photographes étaient ceux qu’on envoyait sur place lors des événements, qu’il s’agisse d’un accident de voiture, d’une partie de basket ou d’une cérémonie de remise de diplômes au secondaire. Tous dans notre communauté connaissaient ces trois photographes. Ils étaient aimés et appréciés ».

« Leur départ aura un impact significatif sur la qualité du produit, poursuit-il. Le travail de journalistes néophytes qui prennent des photos à partir de leur téléphone intelligent ne peut se comparer à celui de professionnels possédant l’équipement approprié. La plupart d’entre nous peuvent photographier un politicien sur le podium du Club Rotary. Or, il n’y a qu’un professionnel qui puisse capturer ledit politicien en train de fuir le podium. »

Tingley a aussi souligné que c’est justement Pivovarov qui a immortalisé en photo l’homme armé qui a tué trois agents de la GRC à Moncton l’an dernier. Cette photo fut d’ailleurs distribuée par la GRC au moment où on tentait de retracer le meurtrier.

« Viktor est un professionnel dévoué, a insisté Tingley. Autant lui que les trois autres photographes n’ont pas hésité à se mettre en situation de danger » pour accomplir leur travail.

De leur côté, deux photographes au Telegraph-Journal, soit Kâté Braydon et Cindy Wilson, ont été avisées lundi dernier qu’elles perdaient leur emploi, a indiqué Bruce Bartlett, président du Saint John Typographical Union.

Par l’entremise de Brunswick News, la puissante famille Irving possède tous les quotidiens de langue anglaise, la majorité des journaux hebdomadaires et communautaires ainsi que la plupart des quotidiens de langue française dans la province.

John Lehmann, membre du personnel du Globe and Mail et président de l’Association des photographes de presse du Canada, a indiqué à CBC News que les mises à pied chez Brunswick News allaient affecter la qualité du journalisme.

« La capacité d’informer le public sur les événements qui les entourent s’en trouve diminuée, affirme-t-il. Bien sûr, on pourra toujours les raconter en mots, mais une photo peut souvent en dire tellement plus. Qui plus est, lorsqu’on met à pied un photojournaliste pour plutôt se tourner vers des gens sans formation, je crois que la qualité du journal s’en trouve affectée. Et si c’est le cas, à quoi bon acheter et lire ledit journal? »

Une telle diminution de la qualité s’est avérée on ne peut plus évidente il y a deux ans, après que Sun-Times Media eût mis à pied tout le personnel du département de photographie au Chicago Sun-Times et ses journaux de banlieue connexes (parmi les 28 photojournalistes ainsi congédiés, 17 étaient protégés en vertu d’une convention collective avec la Chicago Newspaper Guild. Moins d’un an plus tard, quatre d’entre eux avaient réintégré leurs fonctions au journal).

Un article intitulé « Here’s What It Looks Like When You Replace Photographers With iPhone-Wielding Reporters » (« Voici le résultat lorsqu’on remplace des photographes professionnels par des journalistes brandissant leur téléphone intelligent ») fut publié par Wired.com en juillet 2013. L’article relatait la comparaison, effectuée par un journaliste pigiste, entre la présentation visuelle du Sun-Times et celle de son concurrent, le Chicago Tribune, où l’on avait toujours recours à des photographes professionnels.