
2014.10.07
Chase Kell photo

Victor Ferreira, qui travaille chez Yahoo! Canada News, a remporté le prix Barr pour un article rédigé alors qu’il était étudiant à l’université Ryerson.
Deux étudiants en journalisme ayant chacun tracé un portrait à la fois détaillé et émouvant de l’itinérance dans leur communauté sont les récipiendaires pour 2014 du prix David S. Barr décerné par la Newspaper Guild et SCA Canada. Le prix sera remis ce soir lors d’une cérémonie spéciale qui aura lieu à Washington, D.C.
Victor Ferreira, un récent diplômé de la Ryerson University School of Journalism âgé de 22 ans actuellement à l’emploi de Yahoo! Canada News, a remporté son prix universitaire pour son article Toronto's Missing Shelter Beds, paru dans le magazine en ligne The Grid. De son côté, une adolescente de l’Ohio du nom de Rachel C. Hartwick s’est mérité un prix pour Home (Isn't) Where the Heart Is, un article publié dans le journal de son école secondaire, journal pour lequel elle agit à titre de directrice de la rédaction.
Les prix sont décernés en l’honneur de feu David S. Barr, jadis conseiller juridique de la Guilde et ardent défenseur de la justice sociale. Ainsi, les membres du jury appuient leurs choix non seulement en fonction de la qualité des articles soumis, mais aussi de thèmes reflétant les valeurs de Barr. Le lauréat universitaire reçoit une bourse de 1 500 $, alors que la personne qui remporte les honneurs à l’école secondaire obtient 1 000 $.
Pour Ferreira, il s’agit d’un premier voyage dans la capitale américaine. « Je suis un passionné d’histoire… Ce Canadien qui brandit sa caméra dans tous les sites touristiques qu’il est en mesure de visiter, ce sera moi », a-t-il dit.
S’il n’est pas requis d’être associé à un syndicat pour remporter le prix Barr, les lauréats cette année ont tous deux un parent syndiqué. En effet, le père de Ferreira est menuisier, alors que la mère de Hartwick est enseignante. Les deux récipiendaires ont avoué que l’idée de devenir un journaliste professionnel protégé par un syndicat leur est attrayante.
« Je crois que dans le contexte actuel, il est nécessaire pour les journalistes d’être syndiqués, a indiqué Ferreira. Compte tenu de la situation difficile dans laquelle se trouve notre industrie aujourd’hui, le fait de pouvoir compter sur un syndicat comme la Guilde s’avère crucial. Il n’y a que trop d’exemples de journalistes sous-payés, mis à pied ou encore aux prises avec des conditions de travail inéquitables. Je me vois certainement membre de la Guilde dans les années à venir. »
Jane Weyandt du Sheboygan Press et membre du jury en 2014, a avoué que le jury était particulièrement impressionné par « le niveau de professionnalisme… Il ne s’agissait pas ici de manipulations émotives visant à amener les lecteurs à éprouver des sentiments particuliers, mais bien de récits étoffés et fort bien rédigés qui se penchaient sur des enjeux d’importance, et qui relataient les faits d’une façon telle que j’en ai été interpelée en tant que lectrice ».
De son côté, Mike Cabanatuan, journaliste au San Francisco Chronicle et autre membre du jury, a souligné que plus le problème d’itinérance prend de l’ampleur, plus il devient important d’aborder le sujet avec des articles comme ceux rédigés par les deux étudiants. « Les récits qui ont obtenu un prix étaient certes bien documentés et bien écrits et sont parvenus à éviter une tendance actuelle dans les médias, qui est de simplement exprimer des opinions ou encore de pondre des articles axés sur des stéréotypes et des perceptions sans y avoir consacré une recherche approfondie », a-t-il observé.
Ferreira s’est penché sur le réseau de lits dans les refuges d’urgence à Toronto. « L’hiver, lorsque la baisse de température atteint un certain niveau, la ville doit normalement rendre un certain nombre de lits disponibles, dit-il. Ainsi, les sans-abri devraient se rendre à un centre de référence situé au centre-ville, pour ensuite être redirigés vers le refuge le plus près où des lits sont disponibles. » Toutefois, un pasteur a confié à Ferreira que ce n’était pas le cas. « Il a plutôt affirmé que les sans-abri étaient renvoyés à l’extérieur même si des lits étaient disponibles, et que le nombre de lits promis ne reflétait pas la réalité, a ajouté Ferreira. Ce pasteur s’avère un exemple d’une personne qui n’avait pas eu l’occasion d’exprimer son opinion. » C’est ce qui l’a amené à approcher des itinérants « et à accorder un droit de parole à des gens qui avaient été mal traités par la société ».
Dans son article, Ferreira écrit notamment ceci:
(Le pasteur Doug) Johnson Hatlem illustre les conséquences d’abandonner un itinérant sur la rue en évoquant l’histoire de Robert Maurice. Ce dernier était un itinérant torontois membre des Premières nations lorsque Johnson Hatlem l’a connu.
« C’était un homme à la voix douce qui adorait faire des blagues empreintes d’ironie. Il ne dévoilait jamais son nom véritable. Il disait s’appeler ‘Rob Banks’ et attendait de voir si vous aviez bien saisi la blague ».
Johnson Hatlem dit avoir accompagné Maurice, dont la jambe fracturée était recouverte d’un plâtre, à l’hôpital St. Michael en décembre 2007. Tout semblait aller pour le mieux.
Or, lorsque Johnson Hatlem a revu Maurice, ce dernier était mort gelé au fond d’un escalier.
Quant à Hartwick, l’étudiante de 18 ans a entrepris d’écrire son article récipiendaire d’un prix après avoir appris que la ville de Cincinnati chassait les itinérants qui dormaient sur les marches du palais de justice la nuit. Ces derniers se sentaient en sécurité dans ce lieu bien éclairé.
« J’ai raconté mon histoire par l’entremise d’un sans-abri nommé Lee McCoy qui devait quotidiennement tenter de survivre sur la rue, notamment en vendant des journaux durant près de onze heures chaque jour », relate-t-elle. Hartwick a aussi relaté les détails d’une « marche de sensibilisation pour les itinérants peuplée de gens exubérants qui accordaient une grande importance aux droits et besoins de ces gens défavorisés ».
McCoy a révélé que, contrairement à la croyance populaire, les sans-abri ne sont pas des gens paresseux. « Il s’agit plutôt des individus les plus intelligents et déterminés que je connaisse, a-t-il dit. Pour eux, chaque jour est une question de survie. » McCoy a cherché à se loger, mais « je suis de ces personnes qui n’ont pas vraiment leur place », dit-il. Ainsi, la nuit venue, il se dissimule sous une pile de draps et couvertures, dehors. « Oui, je tremble beaucoup, et j’espère chaque fois que la nuit passe vite afin que je puisse enfin me réfugier dans un endroit chaud », avoue-t-il.
(Version abrégée d’un article de Janelle Hartman publié initialement sur le site web de la Newspaper Guild.)