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Photo: Canadian delegation
La délégation canadienne ayant pris part à la conférence sectorielle TNG-SCA à Pittsburgh.

Défendre bec et ongles le droit à des emplois et à un journalisme de qualité

Martin O’Hanlon
Directeur, SCA Canada



Comme nous le savons tous, tant le mouvement syndical que le journalisme en général traversent une période passablement difficile —, et ce, des deux côtés de la frontière.

Les employeurs multiplient les mises à pied, bafouent des droits établis depuis longtemps et semblent satisfaits de livrer des produits de qualité médiocre.

Au Canada, les politiciens de droite s'en prennent aux droits des travailleurs et vos conservateurs — qui font passer les nôtres pour des gens somme toute modérés — tentent d'anéantir ENTIÈREMENT les syndicats et le processus de négociation collective.

Peut-être suis-je un peu trop optimiste, mais je crois que le vent est lentement mais sûrement en train de tourner.

Les citoyens réalisent enfin que les bons emplois se font de plus en plus rares — le genre d'emplois sur lesquels ce pays a été érigé.

Plusieurs jeunes en viennent à la conclusion qu'ils n'auront peut-être jamais accès à une propriété. Aussi, de nombreux parents constatent que leurs enfants ne bénéficient pas des mêmes opportunités dont ils ont pu profiter.

Ces gens réalisent que nos systèmes politiques et financiers privilégient de façon ÉVIDENTE les mieux nantis et, pour eux, ce constat ne mène qu'à une conclusion: il s'agit d'une grave injustice.

Une telle injustice a donné lieu à un profond mécontentement, et il est essentiel pour nous qui oeuvrons au sein du mouvement syndical de pouvoir canaliser DÈS MAINTENANT une telle énergie afin de provoquer des changements sociaux.

Toutefois, nous ne pouvons y parvenir seuls. Il nous faut amorcer un mouvement de masse, ce qui signifie que nous devons travailler de concert avec d'autres mentalités progressives, qu'il s'agisse d'organismes communautaires, de regroupements sociaux, d'étudiants activistes, d'environnementalistes, de chefs religieux — n'importe qui partageant avec nous un intérêt commun.

Le Congrès du travail du Canada, auquel adhère SCA Canada, s'apprête à lancer une importante campagne visant à convaincre la population et à les amener à se mobiliser en faveur de la justice sociale.

Des résultats de sondages démontrent que les gens partagent nos valeurs; toutefois, ils ne font toujours pas confiance aux syndicats. Ainsi, il nous faut leur démontrer que nous partageons les mêmes préoccupations, que nous sommes leur allié, et que nous sommes les seuls qui défendent la classe moyenne.

Aussi, nous devons faire preuve de détermination dans nos efforts afin de défendre le droit des travailleurs à un niveau de vie convenable, au moment où les employeurs abolissent des emplois ici pour les déménager outre-mer, et que les politiciens conservateurs cherchent à amoindrir l'importance de nos travailleurs.

Conservateurs comme progressistes auront beau marteler le même discours économique — emplois, emplois, emplois —, n'en demeure que ces derniers savent qu'un emploi est inutile s'il n'est pas dûment rémunéré.

Le journalisme vit une situation similaire. Il y a le journalisme, et il y a le journalisme de qualité. Ce dernier exige du temps et des ressources afin de dénicher le bon sujet, effectuer le travail de recherche qui s'impose et rédiger un article solide et pertinent. Or, tout cela implique des coûts.

La valeur de ce qu'on obtient équivaut à la valeur des sommes qu'on y a investies. À quoi peuvent bien s'attendre alors les entreprises qui sabrent le plus possible dans les emplois et les salaires? Comment diable un journaliste peut-il adéquatement faire enquête sur la corruption à l'hôtel de ville si on s'attend de lui qu'il ponde cinq articles chaque jour? Et quel sera le calibre d'un journaliste à qui l'on verse un salaire minable?

Une telle attitude a un impact négatif sur les travailleurs en particulier et sur la société en général — en plus de représenter un danger pour la démocratie.

Comment peut-on intervenir, alors?

En accomplissant beaucoup, beaucoup de travail. Nous devons faire valoir notre cause auprès du 99 %. Nous devons nous porter à la défense de meilleurs salaires et conditions de travail. Nous devons militer en faveur d'un journalisme de qualité. Et nous devons nous regrouper afin de protéger davantage de travailleurs.

Ce genre de travail doit être accompli par nous tous. Pas seulement moi. Pas seulement Bernie. Et pas seulement vous.

Chaque activiste dans chaque local doit s'impliquer en utilisant tous les outils à sa disposition, qu'il s'agisse de discuter avec ses confrères de travail, de publier des informations sur sa page Facebook, de prendre part à des réunions du conseil du syndicat, de s'enquérir auprès de ses amis afin de savoir s'ils ont besoin d'un syndicat, de faire un don à une quelconque oeuvre caritative — peu importe.

Il est essentiel que, lorsque nous aurons quitté cette conférence, chacun d'entre nous s'engage à mobiliser et à impliquer nos membres. Il faut que chaque personne dans cette salle approche ses confrères de travail — particulièrement les membres plus jeunes — afin de les amener à s'impliquer. Notre avenir en dépend.

La tâche n'est pas si difficile qu'elle en paraît. En fait, vous n'avez qu'une seule chose à faire : DEMANDER.

Demandez à quelqu'un de faire quelque chose. Une seule chose, aussi simple soit-elle: prendre part à une réunion, participer à un événement social, s'impliquer dans un comité. Ou, s'ils sont des parasites, signer une carte.

En général, les gens n'aiment pas dire non. Rappelez-vous comment vous en êtes venus à vous impliquer dans votre syndicat. Il est fort probable que quelqu'un vous a demandé de faire quelque chose, et vous avez simplement répondu oui.

Le climat actuel est plutôt négatif, voire fataliste, et il peut sembler que nous devons continuellement surmonter des obstacles. Ainsi, si vous me le permettez, j'aimerais clore mon discours sur une note plus positive.

Pendant deux ans, tel un perroquet, j'ai répété à qui veut bien l'entendre que des emplois et un journalisme de qualité étaient essentiels. J'ai fait tout ce que j'ai pu — pris part à des rencontres, envoyé des courriels et des communiqués de presse, lancé des campagnes — afin de convaincre les entreprises du secteur des médias que la meilleure façon de récupérer leurs lecteurs désabusés et de stimuler les profits était d'améliorer leur produit.

Révolutionnaire comme concept, n'est-ce pas? Offrir aux consommateurs un produit de qualité. Wow.

Or, il appert que l'une de ces entreprises a décidé de s'y aventurer. La Presse, l'un des plus importants quotidiens au Québec, a investi quelque 40 millions $ et embauché 120 journalistes afin de développer et lancer un service numérique de nouvelles destiné au iPad.

Le service est offert gratuitement, tout en misant sur un journalisme exclusif de grande qualité. L'entreprise prévoit récupérer son investissement par l'entremise de revenus publicitaires accrus, sachant qu'elle attirera des milliers de lecteurs.

Il s'agit certes d'un test majeur. Si l'initiative se solde par un succès, cela pourrait signifier que l'industrie est enfin parvenue à établir le modèle d'affaires viable qu'elle cherchait désespérément à identifier. On pourrait alors assister à la renaissance du secteur de l'information.

Je le souhaite ardemment. Entre-temps, travaillons de concert afin de protéger les emplois, défendre le journalisme, améliorer les conditions salariales et assurer la croissance de notre syndicat.

Ensemble, nous y parviendrons!

 

Photo: CMG delegates at lunch
Les délégués de la Guilde canadienne des médias lors du déjeuner du samedi.