
2012.03.15 | Le Local 30213 de SCA Canada | La Guilde canadienne des médias
Le budget fédéral sera déposé dans deux semaines, et la menace de coupes budgétaires drastiques imposées à CBC/Radio-Canada est de plus en plus susceptible de se concrétiser. C'est pourquoi plusieurs organisations ont entrepris de redoubler d'efforts dans leur campagne visant à protéger le radiodiffuseur public.
Ainsi, les Canadiens sont invités à démontrer leur appui envers CBC/Radio-Canada en signant une pétition dénonçant les coupes budgétaires de 10 pour cent, ou 110 millions $, proposées par le gouvernement. Cette pétition est une initiative conjointe de Reinventons SRC, LeadNow, OpenMedia ainsi que la Guilde canadienne des médias (GCM), qui représente des milliers d'employés de CBC/Radio-Canada en plus d'être le plus important local de SCA Canada.
La pétition a de plus obtenu l'appui de Friends of Public Broadcasting, qui mène deux campagnes de front (soit Stop the CBC Smackdown et I Love CBC). Une autre campagne, Hands Off Our CBC, est quant à elle menée par le parti libéral fédéral.
En 75 ans d'histoire, CBC/Radio-Canada a su résister aux fluctuations du financement qui lui fut accordé à Ottawa, et ce, tant par les libéraux que par le défunt parti progressiste conservateur. Toutefois, on assiste ici à un acharnement sans précédent des députés conservateurs et d'un média concurrent envers le radiodiffuseur public.
« Il est tout de même ironique que l'une des raisons invoquées par les conservateurs pour justifier la disparition de CBC/Radio-Canada est que le radiodiffuseur n'a désormais plus sa place dans un paysage télévisuel peuplé de milliers de chaînes, a observé Martin O'Hanlon, directeur de SCA Canada. Au contraire, c'est justement parce que nous sommes envahis par les nombreuses chaînes américaines que CBC/Radio-Canada est plus nécessaire et pertinente que jamais. »
« CBC/Radio-Canada fut créée durant les années 30 dans le but précis de promouvoir la culture canadienne dans un contexte où la radio américaine était omniprésente, a ajouté le directeur. Même à l'époque, la population savait très bien ce que les conservateurs aujourd'hui semblent ignorer, c'est-à-dire que si nous ne protégeons pas notre culture, celle-ci finira par disparaître. »
Si les conservateurs avaient promis, lors de la campagne électorale de 2011, que le financement de CBC/Radio-Canada serait maintenu, voire augmenté, il semble de toute évidence que l'on souffre d'amnésie depuis l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire.
Que ce soit le secrétaire parlementaire Dean Del Mastro qui affirme que le gouvernement « devrait se retirer de la radiodiffusion publique », ou encore de députés conservateurs qui font circuler des pétitions à la Chambre des communes afin que l'on abolisse le financement du radiodiffuseur « d'État », l'antagonisme des conservateurs envers CBC/Radio-Canada est on ne peu plus évident.
Certains observateurs sur la Colline parlementaire ont indiqué que le premier ministre Stephen Harper éprouvait une haine viscérale envers CBC/Radio-Canada, un sentiment qui s'explique semble-t-il par le fait que le radiodiffuseur conserve son indépendance journalistique et ose même critiquer les politiques du gouvernement.
Du côté du secteur privé, Pierre-Karl Péladeau, un fervent admirateur de Harper, a entrepris de livrer une guerre contre le radiodiffuseur « d'État » avec son puissant empire médiatique Quebecor, misant sur ses nombreuses plateformes pour clouer CBC/Radio-Canada au pilori et inviter ses lecteurs et auditeurs à prendre part aux attaques. Péladeau a démenti le fait que, si son entreprise livre une bataille contre CBC/Radio-Canada, c'est parce que la chaîne francophone du radiodiffuseur public constitue son principal rival au Québec.
Hubert Lacroix, président-directeur général de CBC/Radio-Canada, a confié au quotidien The Globe and Mail qu'il s'attend à des coupes de dix pour cent imposées par le gouvernement au budget du radiodiffuseur, qui se chiffre à 1,1 milliard $. Si cette menace est mise à exécution, « le public le constatera », a-t-il dit.
La coordonnatrice aux communications de la GCM Karen Wirsig a pour sa part indiqué au Globe and Mail que si les coupes de 110 millions $ étaient appliquées en entier à un seul département, cela équivaudrait à l'abolition de la radio francophone, de la moitié des services de la radio anglophone ou encore d'une journée de programmation par semaine sur les ondes de CBC TV.