
2011.12.16 | Le Local 30213 de SCA Canada | La Guilde canadienne des médias
Thomson Reuters s'apprête à délocaliser sa salle de nouvelles mondiales en ligne de Toronto à Bangalore, en Inde. Ce faisant, l'entreprise force 22 membres de la Guilde canadienne des médias à perdre leur emploi.
« Nous sommes fort déçus que Thomson Reuters — une entreprise canadienne profitable, soit dit en passant — délocalise ainsi des emplois pour pouvoir verser des salaires minuscules, a déploré Glenn Gray, représentant du personnel à la GCM. Il n'est certes pas dans l'intérêt de nos membres, ni des Canadiens en général, de faire ainsi disparaître des emplois et d'exercer une pression à la baisse sur nos salaires. »
Plus tôt cette semaine, des abolitions d'emplois éditoriaux aux États-Unis ont suscité une réaction amère à la Newspaper Guild of New York, membre de la CWA : « Lors de ce qui doit certainement être l'une des décisions les plus mesquines prises par cette compagnie de plus en plus mesquine, sept de nos collègues à la Guilde, dont certains oeuvraient ici depuis plus de 30 ans, se sont rendus au travail lundi matin pour se faire bêtement annoncer, à peine douze jours avant Noël, qu'ils devaient quitter leur emploi pour de bon — immédiatement. »
« Aussi inhumain que fût ce congédiement des membres de la Guilde, ces gens s'en tirent tout de même mieux que ce qu'ont vécu une poignée de responsables éditoriaux cette semaine, a ajouté la New York Guild. La haute direction a décidé tout bonnement d'en choisir quelques-uns et de les congédier. Si on s'interroge toujours sur la valeur d'une adhésion à un syndicat, la réponse évidente se trouve dans les bureaux vides de ces directeurs, qui ne bénéficiaient malheureusement pas d'une convention collective avec la Guilde. »
La GCM, qui représente environ 60 employés de Thomson Reuters au Canada, a indiqué que le déménagement en Inde des postes consacrés aux nouvelles en ligne le 15 mars prochain viendra amputer du tiers la salle des nouvelles de l'entreprise. Les opérations en ligne, établies à Toronto depuis 2005, ont pour mandat la création de contenu pour les divers sites Web publics de Reuters.
La Guilde prévoit organiser une rencontre aux bureaux de Toronto lundi, afin de s'assurer que les droits des 22 membres affectés par les mises à pied ont été respectés.
Thomson Reuters a précisé par voie de communiqué qu'elle a considérablement augmenté le nombre d'employés de Reuters.com au cours des huit derniers mois. « Dans le cadre de la restructuration de notre personnel de production, nous avons entrepris de déménager certains postes de notre salle de nouvelles mondiales en ligne de Toronto vers l'Asie, a indiqué l'entreprise. Toutefois, le bureau de graphisme en ligne demeurera à Toronto. »
La New York Guild a qualifié cette délocalisation des emplois de « procédure normale » pour l'entreprise, ajoutant que les employés « reçoivent de longs courriels élogieux de la part de la haute direction, qui nous rappellent comment les choses vont bien et qui soulignent le nombre d'employés de haut calibre que nous embauchons — alors que ces mêmes dirigeants passent sous silence le départ forcé des employés qui ont contribué à un tel succès. »
La CWA mène les efforts pour cesser la délocalisation des emplois dans les centres d'appel
Si la délocalisation des emplois éditoriaux demeure un phénomène relativement récent en Amérique du Nord, cette pratique est bien ancrée au sein des entreprises comportant un centre d'appel. La CWA, qui représente plus de 150 000 employés attitrés au service à la clientèle et aux centres d'appel partout aux États-Unis, s'implique activement afin de faire adopter une loi visant à sévir auprès des entreprises qui délocalisent des emplois américains outremer.
Ainsi, plus de 4 000 membres de la CWA ont demandé au Congrès américain d'adopter la United States Call Center Worker and Consumer Protection Act. Cette proposition de loi bipartisane, appuyée par le démocrate new-yorkais Tim Bishop et le républicain David McKinley, de la Virginie-Occidentale, viendrait empêcher les entreprises privées pourvues d'un centre d'appel établi à l'étranger de bénéficier de tout soutien financier de la part des contribuables, en plus de mettre en place des mécanismes de protection permettant aux consommateurs américains de savoir où sont dirigés leurs appels, et de conférer à ces consommateurs le droit d'exiger que leur appel soit transféré à un centre d'appel plus sécuritaire aux États-Unis.
La CWA affirme que la délocalisation affecte non seulement les employés, mais aussi les petites collectivités qui avaient concédé certains incitatifs fiscaux afin d'attirer les emplois, ainsi que les consommateurs qui, eux, sont de plus en plus victimes de vols d'identité — un fléau qui prend de l'ampleur depuis les dix dernières années. Le syndicat a souligné que les renseignements personnels de millions d'Américains se retrouvent désormais dans des pays tels l'Inde, les Philippines et l'Égypte — des pays qui n'ont pas nécessairement mis en place les mécanismes appropriés pour protéger la vie privée des gens.