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La Guilde dénonce la « sale guerre » de Quebecor contre CBC/Radio-Canada

Les divers médias de Quebecor sont demeurés étrangement silencieux aujourd'hui, dans la foulée d'accusations publiques à l'effet que l'empire livrait une « guerre sale » contre CBC/Radio-Canada.

La Guilde canadienne des médias, soit le plus important local de SCA Canada, a de son côté défendu bec et ongle le radiodiffuseur public, qui figure actuellement en tête de liste des institutions fédérales faisant l'objet d'un examen par le comité de l'accès à l'information, de la protection des renseignements personnels et de l'éthique du gouvernement Harper.

Les députés de l'opposition qui siègent sur ce comité ont décrit l'acharnement des conservateurs sur CBC/Radio-Canada comme étant une « farce » et une « chasse aux sorcières », tout en soulignant qu'il ne s'agissait pas de la seule institution ou agence fédérale qui remet en question l'étendue des pouvoirs du commissaire à l'information.

La GCM, qui représente des milliers d'employés à CBC/Radio-Canada, a révélé jeudi que Quebecor/Sun Media a fait parvenir des centaines de demandes à la société d'État afin d'obtenir des documents internes. Or, plusieurs de ces demandes ont été rejetées en vertu des exemptions à la loi visant à protéger les activités journalistiques et créatives.

Le président de la sous-section CBC/Radio-Canada à la GCM Marc-Philippe Laurin a indiqué aux députés que plusieurs renseignements que Quebecor tentait d'obtenir, dont les conditions salariales des chefs d'antenne et les sommes offertes pour l'acquisition de propriétés commerciales et sportives, ne relèvent aucunement de l'intérêt public, mais plutôt de celui d'un concurrent.

La coordonnatrice aux communications à la GCM Karen Wirsig a livré le témoignage suivant devant le comité : « On assiste ici à une guerre livrée par Quebecor, un empire médiatique privé qui, chose qui ne devrait surprendre personne, a tout intérêt en tant que joueur commercial privé à amoindrir le rôle et la présence de son principal concurrent, soit CBC/Radio-Canada, et ce, particulièrement au Québec ».

Dans son mémoire déposé auprès du comité et intitulé « La voie d'accès au châtiment », la GCM souligne qu'il est juste d'affirmer que la ligne entre les intérêts corporatifs et la pratique journalistique chez Quebecor est bien mince.

Le document cite notamment des commentaires publiés le mois dernier sur le site j-source.ca par le professeur Marc François Bernier de l'Université d'Ottawa :

« La campagne de Quebecor Media contre la SRC/CBC va bien au-delà de la saine critique d'une institution publique, bien au-delà du dénigrement. Elle ressemble de plus en plus à une campagne de propagande qui transgresse l'éthique et la déontologie du journalisme ».

Le mémoire ajoute que, outre ses intérêts de nature purement commerciale, « Quebecor a une autre intention évidente, soit celle d'alimenter ses diverses avenues de nouvelles avec des reportages et topos démesurés sur CBC/Radio-Canada et l'accès à l'information. À venir jusqu'à maintenant, l'investissement assez considérable de l'entreprise dans le but d'obtenir des renseignements auprès du radiodiffuseur public semble ne pouvoir que lui être favorable. D'un côté, si Quebecor obtient les renseignements demandés en tout ou en partie, elle peut les utiliser comme bon lui semble; de l'autre, si ses demandes sont rejetées, elle peut lancer une campagne multimédia tous azimuts peuplée d'articles tendancieux dénonçant le "caractère impénétrable d'une société publique qui doit pourtant rendre des comptes". Enfin, si une telle approche parvient à convaincre les parlementaires qu'on doit réduire le financement du radiodiffuseur public, Quebecor profitera alors de l'affaiblissement de son principal concurrent ».

« L'accès à l'information en provenance du gouvernement constitue une importante politique publique qui demeure toutefois difficilement applicable, a souligné Marc-Philippe Laurin dans un communiqué de presse publié la semaine dernière, soit avant que la Guilde ne comparaisse devant le comité. Nos membres qui se trouvent en première ligne ont régulièrement recours à l'accès à l'information afin de publier ou diffuser des nouvelles importantes d'intérêt public. En cette époque où les ressources journalistiques deviennent de plus en plus rares, l'accès à l'information exige de plus en plus de temps. Voilà la question sur laquelle on doit se pencher. »

« Or, le comité s'est plutôt retrouvé au coeur d'une "sale guerre" visant à miner la crédibilité du radiodiffuseur public, et ce, au moment où nous nous apprêtons à subir les contrecoups d'un budget fédéral qui s'annonce difficile, a ajouté Laurin. Aussi, la démarche auprès du comité semble plutôt servir les intérêts d'une entreprise privée. Avec Quebecor, l'AIPRP devient non pas un outil, mais bien une arme. »

« Nous ne prétendons pas que le comité ne devrait pas examiner l'approche de CBC/Radio-Canada en ce qui a trait à l'accès à l'information, poursuit Laurin. Toutefois, les députés doivent considérer le radiodiffuseur public au même titre que tout autre ministère, agence ou institution au fédéral ayant fait preuve de lacunes dans leur façon de fournir des informations au public. Nous insistons vivement auprès du comité afin que celui-ci révise la loi actuellement en vigueur, afin qu'elle soit davantage proactive et facile à interpréter. »

La seule propriété de Quebecor qui s'est donné la peine de couvrir l'audience publique jeudi dernier fut un média de « nouvelles » en ligne. Le titre : « Les amis de CBC/Radio-Canada se portent à la défense du radiodiffuseur d'État" (les médias imprimés et électroniques détenus par Quebecor s'entêtent à considérer CBC/Radio-Canada comme étant un radiodiffuseur « d'État », comme s'il s'agissait d'une agence de presse contrôlée par un gouvernement communiste).

Le journaliste national Mark Dunn a écrit dans son article que la GCM, qu'il a décrite comme étant un syndicat « qui reçoit annuellement des millions de dollars en cotisations de la part de ses membres oeuvrant au sein du radiodiffuseur public », a défendu son employeur tout en « passant sous silence l'impact sur ses revenus d'éventuelles coupes budgétaires à CBC/Radio-Canada »...

Dunn a ajouté que la GCM « avait attaqué Quebecor... alors que l'entreprise cherchait simplement à demander des comptes à la société d'État ».

Le député du NPD Charlie Angus a indiqué, lors d'une réunion antérieure du comité, que celui-ci « cherche à déterminer si CBC/Radio-Canada rend compte de ses actes envers les contribuables, ou si le radiodiffuseur public fait plutôt l'objet d'une campagne de salissage par son plus important rival ».

Le président et chef de la direction de Quebecor Pierre-Karl Péladeau a de son côté affirmé qu'« Angus n'a jamais caché sa vive opposition, et qu'il utilise tous ses quotidiens partout au pays comme plateforme pour exiger la mise à mort de CBC/Radio-Canada ».

Le député libéral Scott Andrews a décrit hier ce qui se passait au sein du comité comme étant une « guerre idéologique entre le parti conservateur et son CBC/Radio-Canada ».