LES EMPLOYÉS DES QUOTIDIENS D'IRVING FACE À UN DILEMME
Les emplois ou les droits — on doit faire un choix
L'empire médiatique Irving, établi au Nouveau-Brunswick, a entaché encore davantage sa feuille de route en matière de relations de travail, en obligeant certains des employés de son quotidien Telegraph-Journal de Saint John à faire un choix entre leur salaire et leur droit à une représentation syndicale.
David Esposti, représentant du personnel au SCA Canada ayant accompagné la Saint John Typographical Union lors des négociations visant à renouveler la convention collective de quelque 50 membres oeuvrant dans les départements de la publicité et de la rédaction, a précisé que l'employeur avait manifesté on ne peut plus clairement son intention d'abolir certains postes pour plutôt confier les tâches à un centre de production non syndicalisé.
« Afin de permettre à neuf concepteurs publicitaires de conserver leur emploi, le syndicat a convenu de renoncer à son droit de les représenter, a dit Esposti. J'étais convaincu que ces postes allaient autrement être déménagés. » Celui-ci ajoute que d'autres conglomérats médiatiques tels CanWest (devenu depuis Postmedia) et Quebecor, chez qui le SCA Canada compte plusieurs membres, avaient auparavant pratiqué les manoeuvres antisyndicales d'Irving.
« Il ne s'agissait certes pas ici de vagues menaces sans fondement, a souligné Esposti. Devrais-je alors soulever vents et marées afin de défendre à tout prix le droit à la syndicalisation, pour finalement voir ces gens perdre leur emploi? Bien sûr que non. Il nous fallait prendre la décision qui leur serait la plus bénéfique. »
Bruce Bartlett, journaliste chevronné et président actuel de la section locale, a pour sa part indiqué que si les membres sont stupéfaits de la tournure des événements, ils ont tout de même donné leur aval à une nouvelle convention d'une durée de cinq ans, comportant une hausse salariale de 1,5 pour cent au cours de la première année et de deux pour cent pour chacune des quatre années subséquentes.
2011.05.11 | La section de Moncton « marque le pas »
avec une nouvelle convention de 5 ans
« La transition vers la production en ligne qui s'amorcera à compter du 1er septembre prochain a entraîné une série de changements importants », a souligné Bartlett. Ainsi, non seulement la salle des nouvelles devra-t-elle composer avec quatre réviseurs et quatre monteurs en moins, mais le personnel se verra imposer non pas une, mais plusieurs heures de tombée tout au long de la journée.
Deux autres quotidiens appartenant à Irving, soit le Daily Cleaner à Fredericton et le Times & Transcript à Moncton, verront eux aussi certains de leurs postes transférés au centre de production de Saint John. L'entreprise prévoit que le travail effectué préalablement par 67 employés sera désormais confié à 40 personnes.
« Certes, les concepteurs publicitaires sont mécontents (d'avoir dû abandonner leur droit à une représentation syndicale), a observé Bartlett. Toutefois, ces derniers se disent satisfaits du mémorandum d'entente, qui leur permet de conserver leur salaire et leurs avantages sociaux. »
Le syndicat est tout de même parvenu à négocier des indemnités de départ somme toute convenables pour les employés préférant ne pas être déménagés dans les nouvelles installations.
Irving, qui maintient une solide emprise sur le secteur des médias imprimés au Nouveau-Brunswick, s'apprête aussi à réduire les revenus de commission générés par ses représentants en ventes publicitaires, en imposant à ces derniers des territoires géographiques spécifiques. Le syndicat prévoit que ces revenus, qui se situent actuellement entre 60 et 70 000 $ annuellement, diminueront de près de la moitié.
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