Le 09 fÉvrier 2011

Le syndicat s'élève contre un adoucissement des règles en matière de nouvelles fausses ou trompeuses

Le SCA Canada est monté aux barricades afin d'empêcher la pollution de nos ondes par des montées de lait vitrioliques caractéristiques de l'extrême droite américaine.

La Guilde canadienne des médias (GCM), qui constitue la plus importante section locale du syndicat, a déposé aujourd'hui une soumission auprès de l'organisme de réglementation fédéral, l'enjoignant à solliciter davantage l'opinion publique avant de procéder à l'affaiblissement des règles interdisant la diffusion de nouvelles fausses ou trompeuses.

Plusieurs perçoivent un tel adoucissement des règles comme étant motivé par une volonté d'accommoder SunTV, la nouvelle chaîne de nouvelles continues que son propriétaire Quebecor s'apprête à lancer, et dont la vocation d'extrême droite s'inspire de la chaîne américaine Fox News Network. Le premier ministre Stephen Harper a d'ores et déjà accordé son appui à la nouvelle chaîne, qui sera dirigée par son ancien directeur des communications Kory Teneycke.

Le directeur du SCA Canada Arnold Amber a indiqué que les premiers soupçons sont apparus lorsqu'on a constaté que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CTRC) avait procédé de façon plutôt discrète à l'introduction des changements proposés, tout en allouant relativement peu de temps aux commentaires des Canadiens.

Le 10 janvier dernier, le CRTC a affiché sans fanfare sur on site Web un avis indiquant que l'organisme proposait de modifier l'interdiction générale de diffuser « toute nouvelle jugée fausse ou trompeuse", pour la remplacer par « toute nouvelle que le détenteur d'une licence sait fausse ou trompeuse et qui constitue ou qui risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public ». Le CRTC accordait alors aux Canadiens jusqu'au 9 février pour commenter la modification.

Monica Auer, une avocate possédant une expertise en matière de politiques applicables aux télécommunications, a souligné dans un message affiché sur le blogue du site OpenMedia.ca que le CRTC cherche à apporter des modifications similaires à ses règles applicables à la câblodistribution et à la distribution par satellite, la date limite pour commenter la chose ayant cette fois été fixée au 16 février. Auer est d'avis que, si personne ne s'oppose à la proposition distincte et si celle-ci est adoptée, les radiodiffuseurs et télédiffuseurs pourraient à leur tour exiger un tel traitement de faveur.

L'avocate ajoute que le SCA Canada se consacre au maintien de normes élevées en matière de journalisme. « Même si la modification proposée par le CRTC peut de prime abord sembler subtile, dans les faits, une telle modification pourrait ouvrir tout grand les portes aux discours idéologiques injurieux et provocateurs que les médias électroniques au sud de la frontière semblent méprendre pour un discours politique », croit-elle.

Dans sa soumission, la GCM affirme que le Conseil « semble proposer de laisser libre cours aux détenteurs de licences de mentir et de tromper le public canadien, tout en prétendant qu'il s'agit de nouvelles légitimes... Un tel adoucissement des règles peut être interprété comme étant un affront au débat démocratique et à la notion de citoyen informé ».

La GCM, qui représente quelque 6 000 travailleurs du domaine des médias, dont 2 000 journalistes et recherchistes, demande au CRTC de retirer la modification qu'elle souhaite apporter à sa réglementation, et de « convenir d'une procédure distincte et spécifique aux nouvelles, afin de se pencher sur les impératifs sociaux et politiques d'empêcher la diffusion de nouvelles fausses ou trompeuses, tout en conservant une indépendance journalistique ».

La GCM affirme que, en cette époque où « de moins en moins de propriétaires privés contrôlent de plus en plus de nos ondes publiques, la population est plus préoccupée que jamais par le niveau de qualité et la diversité des nouvelles, informations et analyses transmises aux Canadiens. La plupart des diffuseurs privés sont détenus par d'importants conglomérats ayant leurs propres intérêts sur le plan social, politique et économique. La décision prise par un seul journaliste dans un seul bureau peut aboutir à l'écran et sur le poste radio de millions de Canadiens. Or, il s'avère difficile, voire impossible, d'amenuiser l'impact dévastateur d'une décision irresponsable qui n'aura servi qu'à tromper l'auditoire canadien. Il est plus que jamais dangereux de réduire le fardeau de responsabilités des diffuseurs en ce qui a trait au type d'informations et de nouvelles qu'ils véhiculent ».

En fin de journée, le CRTC avait reçu plus de 3 000 soumissions de la part du public canadien. Plusieurs faisaient part de leur grande préoccupation quant à l'éventualité que les bulletins de nouvelles ne deviennent que des véhicules de propagande visant à desservir les intérêts d'entités politiques ou corporatives particulières.

Sur insistance du député du NPD Charlie Angus, le comité du Patrimoine canadien à la Chambre des communes se penchera sur les changements proposés à la réglementation. Des témoins pourraient être appelés à se prononcer dès la semaine prochaine.