Le 07 avril 2009

L'exode continue pour les anciens journaux du groupe Osprey Media

Les mises à pied, l'externalisation et la fermeture de services font que les quotidiens de l'Ontario sont beaucoup moins locaux

Si Québecor continue à externaliser les emplois et à centraliser la production, le titre du journal sur la une pourrait bien être tout ce qui reste de local pour un grand nombre de quotidiens de l'Ontario.

Inexorablement, des emplois et des services entiers sont supprimés dans les anciens journaux du groupe Osprey Media (dont beaucoup ont servi leur communauté pendant plus de 100 ans), à mesure que Corporation Sun Média, division de Québecor Media, envoie du travail à des entreprises non syndiquées à Barrie.

Les réductions de personnel ont été âprement ressenties à Kingston, à Peterborough, à Sault Ste. Marie et à Sudbury, où la perte de la salle de composition où travaillaient quatre employés a marqué la fin de la section locale de SCA, la Sudbury Typographical Union (qui ne rendra cependant son dernier souffle qu'après l'audience d'arbitrage du 27 avril relativement aux griefs sur les mises à pied, selon le président Eric Yeomans).

Rien qu'hier, sept travailleurs du Kingston Whig Standard ont reçu un avis selon lequel ils étaient mis à pied le 17 avril, déclare David Wilson, un représentant des employés de SCA Canada. Cinq d'entre eux sont des créateurs publicitaires, dont le travail sera dorénavant effectué à Barrie.

Selon Debbie Newton, présidente de la Kingston Typographical Union, deux assistants commerciaux sur trois perdent aussi leur emploi. En conséquence, le personnel de soutien ne compte plus qu'une personne pour le service des ventes (elle-même) et le service de la publicité (quatre employés).

À un moment où tous les médias semblent subir une baisse de leurs revenus publicitaires, il ne semble pas logique de renvoyer du personnel de soutien, dit Debbie Newton. Elle explique que les représentants commerciaux externes payés à commission devront prendre en charge des tâches administratives. Ces tâches occuperont environ deux heures de leurs journées de travail, deux heures qu'ils auront en moins pour effectuer des ventes, ce qui grugera leur revenu, et se traduira par des recettes inférieures pour Sun Media.

Ne pas disposer de créateurs publicitaires sur place compliquera également le travail des représentants commerciaux, comme ont déjà pu le constater les membres de la Sault Ste. Marie Typographical Union.

Elaine Mills, présidente de la section locale, indique qu'un créateur publicitaire et deux graphistes ont été renvoyés du Sault Star vendredi, et que le service de prépresse a fermé. " On leur a enlevé leurs ordinateurs dimanche pour les envoyer à Barrie ".

" C'est pour ainsi dire tout notre service créatif " dit Elaine Mills, et cette perte a eu des effets importants sur les vendeurs d'espaces publicitaires. " Avec ce système, ils ont reculé de 35 ans, à une époque où un vendeur soumettait des ébauches de publicités aux clients ".

Au lieu de vendre, déclare Mills, les représentants en publicité sont devant un ordinateur à essayer d'améliorer des publicités conçues et créées à des centaines de kilomètres.

Elle cite un exemple qui s'est produit le jour même, et qui illustre à quel point le système est lourd. Un conseiller en petites annonces qui travaille pour une section immobilière mensuelle a dû télécopier chaque annonce, accompagnée de la page de couverture, à Barrie, où la section est produite. Il a fallu qu'il envoie des dizaines de télécopies, et la ligne était souvent occupée à Barrie. Sa tâche a été particulièrement pénible.

Newton, à Kingston, s'attend à un scénario identique. Elle fait remarquer que la section immobilière hebdomadaire du Whig Standard contient généralement 160 annonces. Chaque annonce rédigée à Barrie devra être envoyée à Kingston par courriel ou par télécopie pour être révisée, puis renvoyée à Barrie, où les corrections seront apportées.

Selon Mills, l'éditeur du Friday n'offrirait pas l'assurance que les mises à pied à Sault s'arrêtaient là. Elle craint que les experts en éditique soient les prochains sur la liste. Elle fait remarquer que de nombreuses pages a contenu éditorial sont déjà produites à Barrie. C'est également le cas à Kingston et pour la plupart des autres quotidiens de l'Ontario achetés en 2007 par Québecor au groupe Osprey qui était aux prises avec des difficultés financières.

Les mies à pied les plus récentes à Sault ont suivi quatre congédiements en décembre, quand deux employés de la salle de presse, l'un en publicité et l'autre en création publicitaire, ont perdu leur emploi, selon Mills.

Il n'y a pas eu de signe avant-coureur concernant les mises à pied qui ont eu lieu vendredi, ajoute-t-elle. Les travailleurs ont reçu une paie pour quatre semaines en guise de préavis. Leur indemnité de licenciement comprenait deux semaines de paie pour chaque année de service.

Le président de la section locale de Sudbury déclare que le licenciement est l'un des deux sujets présentés au médiateur plus tard ce mois-ci.

Yeomans, qui travaille au Sudbury Star depuis 1972, déclare que ses trois collègues créateurs publicitaires et graphistes ainsi que lui-même ont appris à la mi-décembre qu'ils n'auraient plus d'emploi d'ici la fin janvier. " C'était notre cadeau de Noël de la part de Québecor " dit-il avec ironie.

Ils espèrent que le médiateur fera respecter une disposition dans leur contrat (qui aurait expiré à la fin du mois) exigeant que la société donne un avis de 90 jours et un montant de 60 000 $ en indemnités de licenciement si le licenciement s'explique par des changements technologiques. Si la section locale a gain de cause à la suite de l'arbitrage, les quatre travailleurs pourraient recevoir jusqu'à quatre semaines supplémentaires de paie ainsi que 21 500 $ de plus en indemnités.

(La Northern Ontario Newspaper Guild, la section locale 30232 de SCA, représente les travailleurs des autres services du Sudbury Star.)

Nigel Sones, agent syndical pour la section locale de SCA à Peterborough, déclare que cinq compositeurs ont perdu leur emploi à The Examiner en février quand le service a fermé. Juste avant Noël, sept employés, y compris des reporteurs, des photographes et du personnel chargé de la diffusion, ont été licenciés.

La salle de composition a été fermée au Lindsay Post à l'automne quand trois compositeurs ont perdu leur emploi, déclare Sones. Seuls demeurent neuf personnes dans l'unité de négociation, comprenant du personnel éditorial, publicitaire et administratif.

Selon Sone, parmi les autres mesures d'économie prises par Sun Media figurent le changement de diffusion du Post, qui est passé d'un quotidien à un bihebdomadaire, et la fusion du Port Hope Evening Guide, du Cobourg Daily Star et du Colbourne Chronicle en un seul quotidien, le Northumberland Today. L'unité de négociation de ce journal, avec 25 membres, représente les employés publicitaires, éditoriaux, administratifs et les employés de prépresse.