
2012.04.04 | Le Local 30213 de SCA Canada | La Guilde canadienne des médias
CBC/Radio-Canada abolira 650 postes et sera contrainte de réduire le contenu original à la radio, à la télévision et sur le Web afin de parer aux sévères compressions imposées par le budget fédéral, a annoncé aujourd'hui son président Hubert Lacroix lors d'une assemblée publique locale à laquelle ont assisté les employés.
La Guilde canadienne des médias (GCM), qui représente des milliers d'employés oeuvrant au sein du radiodiffuseur public, perdra ainsi 275 membres d'ici 2015. La majorité des postes visés seront abolis dès cette année. Ces derniers semblent surtout concentrés dans les principaux centres urbains tels Toronto, Montréal et Halifax.
Lacroix a avoué avoir dû faire des « choix déchirants » quant à la façon de gérer la disparition de quelque 115 millions $ en financement public au cours des trois prochaines années, en plus de la hausse inévitable des coûts et des investissements qui font grimper le montant de ces coupes à 200 millions $. CBC/Radio-Canada s'attend à réduire en partie cette somme en générant 50 millions $ en nouveaux revenus – ce qui laisse tout de même un trou de 150 millions $ que l'on doit combler sous forme de compressions et d'améliorations dans la gestion des opérations. La direction du radiodiffuseur en subira elle aussi les impacts, le nombre de postes-cadres devant être amputé de 10 pour cent.
« Il s'agit certes d'un triste jour pour CBC/Radio-Canada, pour les travailleurs et pour le Canada, a déploré Martin O'Hanlon, directeur de SCA Canada. De telles compressions viendront amoindrir le contenu canadien, affecter la qualité du journalisme et supprimer des emplois payants que le Canada peut difficilement se permettre de perdre. Et pour quelle raison? Tout simplement pour permettre au gouvernement Harper de consacrer des milliards de dollars dans l'achat d'avions de chasse beaucoup trop chers et dans l'agrandissement inutile des pénitenciers. »
La présidente nationale de la GCM Carmel Smyth a pour sa part souligné qu'il s'agissait d'un jour « démoralisant pour tous ceux et celles qui ont a cœur un journalisme et une programmation canadienne de qualité. Les compressions donneront lieu à moins de documentaires novateurs, de récits sur les Canadiens et d'occasions pour les journalistes d'exposer au grand jour les histoires d'abus et de corruption. Quel message cela nous envoie-t-il quant à l'état actuel de notre démocratie? »
« Le public se verra offrir moins de contenu original et davantage de rediffusions sur CBC et Radio-Canada, alors que nos membres devront redoubler d'efforts afin d'être en mesure d'offrir aux Canadiens ce à quoi ils s'attendent d'un radiodiffuseur public, a pour sa part commenté Marc-Philippe Laurin, président de la sous-section CBC/Radio-Canada de la GCM. Il semble qu'aucune division de l'organisation ne sera épargnée, et nous craignons que le radiodiffuseur ne parvienne plus à répondre aux attentes de ses auditoires en matière de contenu novateur. Après des années de compressions et de sous-financement, il semble évident que cette plus récente salve de la part du gouvernement mènera de plus en plus CBC/Radio-Canada à adopter un modèle d'affaires commercial. »
Les coupes imposées auront pour conséquence une diminution de la programmation originale à la télévision. Entre autres, moins de documentaires, séries dramatiques et émissions pour enfants seront produits, et l'intégration des bulletins de nouvelles sera accélérée. On cessera la transmission des signaux de télévision analogiques en direct dès cet été, et les installations de diffusion d'ondes courtes de RCI à Sackville, N.-B. fermeront leurs portes en octobre. CBC/Radio-Canada se départira de plus de sa chaîne numérique Bold, de même que de ses édifices à Calgary et Halifax, pour plutôt y occuper des espaces en tant que locataire. Ce déménagement à Halifax aura pour conséquence de faire disparaître le seul studio de production clé en main à l'est de Montréal. De plus, CBC/Radio-Canada a soumis une demande auprès du CRTC afin de pouvoir diffuser du contenu publicitaire et conclure des ententes de commandite pour les chaînes radio Espace Musique et CBC Radio 2 – et cette dernière sera contrainte de diffuser encore moins d'enregistrements en direct.
Kirstine Stewart, vice-présidente principale des services de langue anglaise, a précisé que ce segment de CBC doit faire face à des réductions de l'ordre de 86 millions $ au cours des trois prochaines années. Soulignant du même coup que 60 pour cent du budget est consacré au versement des salaires, Stewart indique que des compressions de cet ordre auront définitivement des répercussions sur le nombre d'emplois. « Je ne puis vous dire à quel point le fait de devoir parler de réductions me chagrine, a-t-elle dit aux employés. Je me vois obligée de mettre un frein à divers projets, en plus de devoir dire adieu à des amis chers. »
La GCM a été avisée que les d'abolitions de poste prévues pour cette année seront complétées d'ici la fin juillet. Les avis de redondance parviendront aux employés permanents affectés à compter de la fin avril. Le processus de restructuration sera entrepris conjointement entre le syndicat et la direction, et ce, partout où les suppressions de postes auront lieu.
La GCM étudie le plan proposé par CBC/Radio-Canada visant à ce que les employés contribuent davantage au régime de retraite. La Guilde est d'avis que le radiodiffuseur public ne peut imposer une telle hausse de façon unilatérale et cherche à en discuter avec la direction.
Plus de détails sur la forme que prendront les compressions devraient nous parvenir au cours des prochains jours.