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LE 15 JANVIER 2008
La frustration fait place à la
satisfaction
Les employés des opérations
techniques d’un diffuseur trouvent leur salut
dans la syndicalisation
La
Guilde canadienne des médias | Le
Local 30213 de SCA Canada
Au terme d’un périple
ardu de trois ans qui les a mené du recrutement
syndical à une première convention collective,
les employés des Opérations techniques
d’Alliance Atlantis Communications (AAC) peuvent
finalement profiter des fruits de leur adhésion
syndicale.
Les 100 membres de la subdivision
d’AAC de la Guilde canadienne des médias
(GCM) ont voté la semaine dernière, dans
une proportion de 97 pour cent, en faveur de la ratification
de l’entente de trois ans.
Masaaba Mwambu, président de la subdivision,
a déclaré que plusieurs des dissidents
au moment du vote d’accréditation syndicale,
en décembre 2005, sont maintenant en faveur
du syndicat.
Le processus d’apprentissage a été tout
aussi long pour l’exécutif de la subdivision
que pour la direction, a précisé M. Mwambu.
Et cette première convention collective constitue «un
cadre que nous allons développer».
Michelle Smith, secrétaire-trésorière
de la subdivision qui a participé depuis le
tout début à la campagne de syndicalisation,
a expliqué que les employés techniques étaient
devenus extrêmement frustrés et désespéraient
de pouvoir un jour améliorer leurs conditions
de travail.
«Avant, on se sentait ignorés. Maintenant,
on dispose d’un moyen d’arranger les choses.
Les gens ont désormais un débouché (le
processus de griefs) pour s’exprimer».
Pour elle, la convention collective
représente
une série de règles de base pour les
employés et la direction. «Ça permet
d’éliminer les conjectures», dit-elle.
Rob Van Sickle, qui travaille
maintenant à S-VOX,
a fait partie du groupe d’employés d’AAC
ayant décidé, à l’époque,
que de joindre les rangs de la Guilde représentait
la seule façon de résoudre leur problème.
Dans un article publié dans
la livraison de février 2006 du bulletin de
la GCM, G-Force, M. Van Sickle a décrit en ces
termes les causes profondes du mécontentement
des employés
d’AAC:
«Les problèmes auxquels faisaient face
les employés des Opérations ont débuté avec
la fusion d’Alliance Communications et d’Atlantis
Communications. Il y avait alors une différence évidente
entre le traitement des employés d’Alliance
et celui de ceux d’Atlantis ... (et lorsqu’ils
ont) ajouté sept chaînes numériques
spécialisées ... le favoritisme et les
traitements injustes de la part de la direction se
sont répandus. (...) Des gens qui accomplissaient
exactement le même travail, à différents étages, étaient
traités et rémunérés très
différemment.»
M. Van Sickle a également écrit que
ses collègues étaient mécontents
du fait que leur salaire était plus faible que
la moyenne de l’industrie, que l’entreprise
ne contribuait en rien à leur retraite et qu’elle
offrait très peu de chances de promotion.
Scott Edmonds, vice-président de l’Ouest
de TNG-CWA Canada et V.-P. national de la GCM, avait
pris part à une première réunion,
vers la fin de 2004, en compagnie de 10 employés
d’Alliance qui désiraient se joindre au
syndicat.
«Ils avaient des problèmes dont l’employeur
ne voulait pas entendre parler», a expliqué M.
Edmonds, et ils ont fini par organiser «une bonne
campagne interne de syndicalisation, parce qu’ils étaient
vraiment très motivés.»
Lorsque les employés, tout feu tout flamme,
se sont mis à placarder des affiches dans leur
milieu de travail, la direction a fini par réaliser
qu’une campagne de recrutement était en
cours, et a décidé de prendre le taureau
par les cornes – la même journée
où le syndicat organisait sa première
réunion publique.
M. Van Sickle se souvient que
ce jour-là, la
compagnie avait accordé des augmentations atteignant
10 000 $, et annoncé qu’elle allait instaurer
une forme de régime de pension en établissant
un REER pour les employés et en y contribuant
de façon proportionnelle.
Il se souvient aussi très précisément
du nombre de personnes qui avaient assisté à cette
première réunion publique du syndicat:
zéro. Il précise cependant que la seule
menace de la syndicalisation avait considérablement
amélioré les conditions de travail.
Toujours selon M. Edmonds,
le personnel des Opérations
avait mené une campagne plutôt classique.
Lorsque le vote d’accréditation a eu lieu,
une solide majorité s’est prononcée
en faveur de l’adhésion à la GCM.
Il aura par la suite fallu
16 mois de négociations
pour parvenir à une convention collective préliminaire. Éventuellement,
l’offre de CanWest Global Communications d’acquérir
AAC a stimulé les négociateurs. Le géant
médiatique avait proposé au début
de 2007 d’acheter AAC, mais ne pouvait effectuer
la transaction qu’après avoir obtenu la
bénédiction du Conseil de la radiodiffusion
et des télécommunications canadiennes.
Cette approbation a été accordée
en décembre, peu de temps après que les
responsables d’AAC se soient mis à négocier
sérieusement, parce que pour les deux parties,
CanWest faisait figure «de gorille de 800 livres
dans la pièce», a expliqué Keith
Maskell, l’agent administratif de la GCM qui
a épaulé le comité de négociations.
CanWest s’est mérité la réputation
de mettre à la porte ses employés afin
de maximiser ses profits. Il n’existe certainement
aucune garantie qu’il n’en sera pas de
même à AAC une fois que le géant
aura saisi le contrôle de ses opérations.
Néanmoins, M. Maskell est convaincu que la
convention collective contribuera beaucoup à empêcher
que Can West traite ses employés de façon
arbitraire.
La convention collective prévoit:
- des salaires minimum de base
(inexistants auparavant) sans plafonnement limitant
les augmentations;
- un meilleur régime
de retraite;
- un comité mixte pour se pencher sur les questions,
problèmes et conflits;
- un processus de griefs
et d’arbitrage;
- la prédominance de l’ancienneté en
cas de mises à pied;
- des indemnités de licenciement très
supérieures aux indemnités prévues
par le Code du travail du Canada, de même que
le droit de rappel;
- un régime d’amélioration de
la performance basé sur la correction des lacunes,
comme principal moyen d’améliorer le rendement,
plutôt que sur la prise de mesures disciplinaires;
- des règles plus claires au niveau du temps
supplémentaire et des horaires;
- des dispositions améliorées en matière
de congés pour décès à l’occasion
d’un décès survenant au sein de
la famille immédiate.
Selon M. Maskell, la convention
protège également
certaines dispositions dont les employés profitaient
déjà, notamment:
- pas de gel ou de blocage des salaires;
- une certaine flexibilité au
niveau des horaires individuels;
- une clarification du principe
que les employés
en attente commandée ont droit à une
compensation;
- deux journées de vacances mobiles par année;
- l’élimination progressive, plutôt
qu’immédiate, du plan préexistant
de primes des employés.
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