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Le 15 AOÛT 2006
Commentaire
Un an après le lock-out à la SRC/CBC:
les leçons apprises et les leçons ignorées
La Guilde
canadienne des médias | Le
Local 30213 de TNG Canada
par LISE LAREAU
Il y a aujourd’hui un an que
débutait le lock-out à la SRC/CBC, laissant
ainsi plus de 5 500 employés dans la rue. Il
est difficile de savoir si l’on devrait fêter,
pleurer, souligner ou oublier cet anniversaire.
On pourrait mettre l’emphase
sur notre victoire : le fait que les citoyens et les
employés de la SRC/CBC ont travaillé ensemble
pour mettre fin au conflit. Nous avons beaucoup appris
en ce qui concerne la mobilisation des gens et la création
d’un climat qui invite la camaraderie, la créativité et
l’ingéniosité, ce qui a assuré la
victoire. Ensemble, nous avons prouvé que la
lutte pour de vraies carrières, et non pas une
série de contrats temporaires, est universelle
et importante. De plus, nous avons appris que l’on
peut gagner. Il est important de se souvenir des aspects
positifs de l’événement. Mais,
un an après, d’autres événements
nous ont bouleversés et il est difficile de
savoir comment faire le point.
Examinons la situation actuelle.
En premier lieu, le gouvernement minoritaire Conservateur
réussit à garder
le silence au sujet de ses plans vis-à-vis la
SRC/CBC. En juin dernier, Bev Oda, ministre du patrimoine,
a annulé son examen prévu du mandat de
la SRC/CBC, en dépit du fait qu’elle avait
défendu cette idée pendant le lock-out
et la dernière campagne électorale fédérale.
Pourquoi ? Probablement pour que son gouvernement puisse éviter
la question jusqu’au lendemain des prochaines élections,
quand il formera peut-être un gouvernement majoritaire.
D’autre part, CTV, le plus important diffuseur
privé, est sur le point de devenir un monstre
médiatique capable d’écraser tous
ses concurrents télévisuels et, jusqu’à un
certain point, radiophoniques, avec son acquisition
du réseau CHUM. CTV aura maintenant un pouvoir
d’achat immense. On n’a qu’à examiner
le projet du réseau d’offrir 1,4 milliards
de dollars pour les droits de diffusion des jeux de
la LNH pendant dix ans. CTV constitue maintenant une
force énorme au niveau de différentes
plate-formes, une force que le CRTC et les fonctionnaires
fédéraux craignaient de la part de la
SRC/CBC lorsqu’ils refusaient les demandes du
réseau public pour plus de canaux câbles
et un plus grand nombre de services sur d’autres
plate-formes.
De plus, au-delà du manque de direction de
la part du gouvernement et des grands changements dans
le monde médiatique, la SRC/CBC est affaiblie
par sa structure même. Il est vrai que bien des
gens trouvent la question plate, mais je crois que
le lock-out a été une catastrophe, qui
aurait pu être évitée si les structures
relatives aux finances et au conseil d’administration
avaient été réparées.
Comme nous le savons aujourd’hui, la SRC/CBC
a continué de recevoir sa subvention fédérale
pendant le lock-out et a épargné 40 millions
de dollars en salaires. Il n’y avait pas de mesure
incitative financière pour mettre fin au conflit,
en dépit du fait que les Canadiens ne recevaient
pas de service et qu’un désastre se préparait
au niveau des cotes d’écoute. Quand la
Guilde a demandé que le gouvernement fédéral
suspende son financement de la SRC/CBC pendant le lock-out,
le Conseil du trésor et les fonctionnaires fédéraux
n’avaient apparemment pas le moyen de le faire.
Il faudrait modifier la loi pour le permettre.
De quelle façon les Canadiens peuvent-ils surveiller
les agissements de la Société? Pour l’instant,
le conseil d’administration compte parmi ses
membres un petit groupe de gens bien informés,
ainsi qu’un plus grand groupe de personnes nommées
malgré le fait qu’ils n’ont pas
d’antécédents dans l’industrie.
Carole Taylor a démissionné à titre
de présidente du conseil, quelques mois avant
le lock-out, en partie parce qu’elle était
frustrée par la façon dont le gouvernement
avait comblé huit postes vacants à l’époque.
En compagnie d’un comité du conseil, elle
avait énuméré des critères,
engagé un chasseur de têtes, et cherché les
meilleurs candidats disponibles. Elle a par la suite
fait parvenir cette liste au cabinet du premier ministre,
mais personne y figurant n’a été choisi
pour siéger au conseil.
Pire encore, le conseil d’administration n’a
pas le droit d’embaucher ou de congédier
le p-dg, qui est imputable envers le cabinet du premier
ministre plutôt qu’envers le conseil d’administration.
Selon la Loi sur la radiodiffusion, le grand patron
est nommé à titre inamovible, ce qui
signifie qu’il peut être remercié seulement «à juste
titre», et non pas à cause, par exemple,
d’une erreur grave. Cela protège peut-être
l’indépendance de la SRC/CBC vis-à-vis
du gouvernement, mais cela signifie également
que, dans la plupart des circonstances, le chef de
la SRC/CBC n’est directement responsable envers
aucune institution publique.
Même un ancien président de la SRC/CBC
préconise une réforme au niveau de la
gouvernance. Tony Manera, président dans les
années 90, soutient que le p-dg doit être
embauché et évalué par le conseil
d’administration, afin d’établir
la distance nécessaire entre le diffuseur public
et le gouvernement. Il appuie aussi l’idée
de nommer deux représentants des employés
au conseil. La Guilde a fait cette proposition plusieurs
fois, plus récemment pendant l’étude
importante du système de radiodiffusion entreprise
par le comité fédéral du patrimoine
il y a trois ans.
Pourquoi ces changements structurels
et la transparence sont-ils tellement importants?
Parce que les responsables prendront de nouveau de
mauvaises décisions,
comme le lock-out, s’ils n’ont pas à en
subir les conséquences.
Un an plus tard, il y a aussi
des développements
positifs. La Guilde et la direction participent actuellement à un
processus visant à réparer leurs relations.
Des gens haut placés, dans les deux organisations,
ont consacré du temps à évaluer
le dommage et à proposer des moyens concrets
pour améliorer la situation.
Mais en fait, le bien-être à long-terme
de la SRC/CBC dépend plus que jamais de l’engagement
des Canadiens envers la diffusion publique. Cela nécessite
la fin de la négligence gouvernementale envers
la SRC/CBC. Cela nécessite aussi d’entreprendre
des mesures concrètes pour s’occuper des
problèmes structurels du diffuseur. La SRC/CBC
ne peut pas se permettre encore plus de mauvaises décisions
dans ce climat d’incertitude.
En fin de compte, c’est probablement
une bonne idée de souligner l’anniversaire
du lock-out en faisant preuve d’espoir: les expériences
créées il y a un an par les employés
de première ligne et leur auditoire privé de
service devraient servir de modèle pour revigorer
la diffusion publique. Il s’agit là de
quelque chose qu’aucun monstre du secteur privé ne
pourra jamais remplacer.
(Cet article a tout d'abord été publié sur
le site Web de la
Guilde canadienne des médias.)
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