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Daniel St. Louis photo

Dave Francis est enchanté de
la décision
arbitrale
et des dommages-intérêts
accordés, mais ne
considérerala
bataille gagnée
que lorsqu’un peu d’argent
aura été déposé
dans son compte de banque.
Le 27 DÉcembre 2003
Une décision arbitrale au profit
d’un journaliste constitue un «blâme sérieux à l’endroit
des Irving»
Un journaliste de Moncton qui s’est
attaqué à l’empire Irving remporte des
dommages-intérêts exemplaires «extrêmement
rares»
Moncton Typographical Union | Le
Local 30636 de TNG Canada
Dans un jugement «virtuellement sans
précédent», un arbitre a décidé en
faveur du David journaliste à l’encontre du
Goliath médiatique du Nouveau-Brunswick, et accordé des
dommages pour harcèlement et souffrance morale normalement
associés à des causes de droits de la personne.
Nelson Roland, avocat de TNG Canada/CWA,
qualifie l’adjudication
de 5000$ et de 20 000$ en dommages exemplaire à Dave
Francis, un reporter senior du Moncton Times & Transcript,
un «blâme sévère à l’endroit
des Irvings», la puissante famille industrielle
propriétaire non seulement du journal, mais d’une
grande partie des entreprises de la province.
«Je n’ai jamais vu de dommages exemplaires de
cette importance. C’est extrêmement rare. Ordinairement,
on les trouve dans des causes de droits de la personne»,
explique Roland, un avocat spécialisé en droit
du travail qui a pris part à l’arbitrage pendant
plus d’un an.
«Je suis soulagé que nous ayons finalement
une décision, au terme d’une aussi longue bataille»,
dit Francis, «et j’espère qu’il
ne faudra pas autant de temps pour que la compagnie paie.»
«Je considère que c’est une victoire
non seulement pour moi, mais aussi pour tous les autres,
au journal, qui luttent pour leurs propres griefs. Mais penser
que cet employeur va apprendre sa leçon, c’est
peut-être aller un peu trop loin…»
«Peut-être qu’au moins, ils y penseront
deux fois avant de faire quelque chose comme ça à quelqu’un
d’autre», ajoute Francis. «Cette
entreprise n’a virtuellement aucun respect pour ses
employés, en n’en aura probablement jamais.
J’aimerais que le public sache ça.»
Francis, qui a été président
de la Moncton Typographical Union de 1995 à 1997, et a été prié de
reprendre le poste en décembre 2001 – lorsqu’il
en était à une sixième semaine de congé de
maladie – a présenté la preuve que son
activisme n’a servi qu’à augmenter la
pression de la part des gestionnaires de cette entreprise
bien connue pour son anti-syndicalisme.
L’arbitre Geoff Bladon a accordé des dommages-intérêts
exemplaires à Francis, qui souffre de dépression à cause
du comportement «scandaleux» et «sinistre» des
gestionnaires, qui ont fabriqué et colporté des
informations fausses et trompeuses «afin de priver
délibérément et sans motif le journaliste» de
ses prestations d’invalidité de courte durée.
De plus, «à l’automne 2001, l’employeur
savait que Francis avait du vendre sa maison à cause
de sa situation financière précaire, mais a
néanmoins tenté de mettre fin à sa seule
source de revenus, les prestations d’invalidité.»
«Cette conduite constitue un harcèlement»,
et «l’administration intentionnelle de souffrances
morales», écrit l’arbitre, qui a également
noté que l’entreprise était au courant
des épisodes précédents de dépression
de Francis, lorsqu’il avait une vingtaine d’années.
Francis fait remarquer que «certaines des choses qu’ils
ont faites défient l’entendement. Les mensonges
et les distorsions avaient pour but de me faire le plus de
mal possible, et rien d’autre. Et l’arbitre
s’en est rendu compte.»
En accordant des dommages exceptionnels,
Bladon mentionne «l’exacerbation
de la dépression» et les «conséquences
financières» de l’interruption du
droit aux prestations à la mi-janvier 2002. L’entreprise
avait approuvé le droit à l’allocation
d’un an, en octobre de l’année précédente,
pour ensuite y mettre fin sans préavis. «Il
n’y a pas de doute que le retrait de la seule source
de revenu du plaignant devait avoir un impact substantiel
sur son bien-être financier», écrit
Bladon.
L’arbitre a ordonné à l’entreprise
de verser à Francis l’équivalent de neuf
mois de prestations d’invalidité, avec intérêts.
«C’est une merveilleuse victoire»,
a déclaré Arnold Amber, directeur de TNG Canada/CWA. «Il
fallait livrer cette lutte, parce que (les Irving) ont traité Dave
Francis avec beaucoup d’injustice.»
David Esposti, le représentant de TNG Canada responsable
de l’Est du Canada, est enchanté de la décision,
et dit que c’est pour Francis une vengeance. «Ils
lui ont vraiment fait un coup bas.»
L’arbitre a entendu des preuves à l’effet
que le «coup bas» a débuté en
septembre 2001, lorsque les gestionnaires ont mis fin à deux
chroniques hebdomadaires rédigées par le journaliste
très estimé, ont enlevé sa signature
de plusieurs articles, l’ont suspendu pour trois jours,
et l’ont rétrogradé du poste de rédacteur
en chef adjoint à celui de reporter, en diminuant
son salaire en conséquence.
Francis, qui souffrait de dépression, a été mis
en congé de maladie par son médecin de famille à la
mi-octobre. Ses griefs, qui faisaient état de harcèlement,
d’intimidation et de discrimination, ont été enregistrés à la
fin de ce mois, pendant qu’il était acclamé au
poste de président local, devenu libre à la
suite de mises à pied.
Au cours des semaines et des mois
suivants, les gestionnaires qui surveillaient les activités de Francis, aussi
bien dans la communauté qu’au niveau du syndicat,
ont inventé et exagéré des détails
dans leur rapport à l’administrateur du régime
de maladie (Canada Life), afin d’appuyer leur argument à l’effet
que Francis n’était pas invalide, et que la
cessation de ses prestations à la mi-janvier 2002 était
justifiée.
«Nous sommes très heureux pour Dave»,
a dit Rod Allen, le président actuel du local. «Ce
fut pour lui une longue et difficile bataille, au cours des
dernières années.»
«Nous espérons que (cette décision)
lancera un signal à toutes les entreprises, partout, à l’effet
qu’il faut prendre au sérieux les congés
reliés au stress», a-t-il ajouté.
L’avocat Roland, qui s’attend à ce que
l’entreprise sollicite un contrôle judiciaire
de la décision de l’arbitre, note que Francis
n’est toujours pas retourné au travail et frôle
la faillite personnelle.
Le journaliste est reconnaissant
de l’appui que lui
a apporté Roland. «Nelson a beaucoup de mérite
d’être resté au poste tout au long de
ce qui s’est avéré pour lui aussi une
cause frustrante. Il a accompli un travail formidable.»
Francis a également un différend juridique
avec Canada Life, qui administre les régimes d’invalidité à court
et à long terme du journal. L’assureur a éventuellement
déclaré Francis inadmissible aux prestations à long
terme en se basant sur les informations fausses et trompeuses
communiquées par les responsables du Times & Transcript.
La cause est en ce moment devant les tribunaux, et il reste à voir
l’effet que pourrait avoir la décision de l’arbitre
au niveau de la position de l’assureur.
«Même si c’est une décision formidable,
il nous reste encore à régler une poursuite
civile, et nous espérons obtenir une compensation
encore plus élevée», explique Francis. «En
fait, les gestes de l’entreprise ont eu pour résultat
la destruction de ma cote de crédit, et ce que nous
avons obtenu jusqu’à présent ne suffit
pas à compenser cela.»
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