CWA-SCA Canada logo banner

Le 27 Octobre 2003

Un arbitre du Québec statue que
les journalistes de The Gazette peuvent retirer
leur signature « leur convenance »

Un tribunal d'arbitrage du Québec a rétabli la voix — et le droit de protester — des salariés de The Gazette à Montréal

Montreal Newspaper Guild | Le Local 30111 de TNG Canada

MONTRÉAL -- Dans une décision historique, un tribunal d'arbitrage du Québec a rétabli la voix -- et le droit de protester -- des salariés de The Gazette à Montréal. Le 7 décembre 2001, alors que l'agitation était à son comble autour d'une politique «éditoriale nationale» aujourd'hui largement discréditée, la direction du quotidien avait nié ces droits en imposant un décret.

TNG Canada.org
Le texte en entier de la décision de l'arbitre Lussier (PDF)

Ce sont les journalistes, les photographes, les artistes et d'autres salariés à The Gazette -- et non pas la direction locale ou la société CanWest Global Communications Corp. de Winnipeg -- qui ont le droit absolu de retirer leur signature et leur référence de source dans les articles, les photographies et d'autres travaux. L'arbitre Jean-Pierre Lussier a tranché que ces journalistes «ont le droit de retirer leur 'by-line' à leur convenance,» pour protester contre les politiques de The Gazette ou de CanWest Global ou pour n'importe quel autre motif.

Ils peuvent exercer ce droit individuellement ou en groupe: «Si un salarié demande de retirer son 'by-line', on le retire. Un point, c'est tout,» a déclaré l'arbitre. Cette décision entre immédiatement en vigueur et a force de loi.

L'arbitre a jugé que la direction de The Gazette a contrevenu à une obligation envers ses salariés lorsqu'elle a tenté de faire taire la dissidence qui a éclaté au début de décembre 2001 contre l'imposition «d'éditoriaux nationaux» par les propriétaires de CanWest Global à Winnipeg. Cette obligation découle de dispositions de la convention collection signée avec la Guilde des employés de journaux de Montréal. La Guilde de Montréal représente 297 salariés à The Gazette, dont 159 qui travaillent à la salle de redaction.

La société CanWest Global voulait publier des «éditoriaux nationaux» identiques jusqu'à trois fois par semaine dans plus de douze des plus importants quotidiens du Canada qu'elle contrôle depuis son acquisition de l'empire médiatique Southam au prix de 3,2 milliards de dollars.

Les journalistes condamnèrent cet effort des nouveaux propriétaires pour centraliser l'opinion en le qualifiant de tentative sans précédent de limiter le débat public et de servir des intérêts corporatifs étroits. En guise de protestation, pendant deux jours consécutifs au début de décembre 2001, des dizaines de journalistes retirèrent leurs signatures d'articles de The Gazette.

Peter Stockland, rédacteur-en-chef de The Gazette, ordonna alors à tous les salariés membres de l'unité de négociation de la rédaction de la Guilde de Montréal de rétablir leurs signatures sur-le-champ.

En soutenant que l'action de Stockland était illégale, la Guilde de Montréal déposa immédiatement un grief en vertu de la section «Intégrité du (de la ) salarié(e)» de la convention collective.

L'arbitre a maintenant entièrement fait droit au grief.

Dans une décision de 18 pages rendue après six jours d'audiences, l'arbitre a déclaré que le contrat de la Guilde «confère au salarié le droit d'exiger qu'on n'utilise pas son nom. Telle que la disposition est formulée, «ce droit est absolu.» Les dispositions de la convention collective portant sur les sources sont en vigueur à The Gazette depuis 1977. Dans le cas d'articles de journaux autres que des analyses, des chroniques ou des opinions, l'arbitre a écrit que The Gazette «a l'obligation de respecter le choix des journalistes lorsque ceux-ci demandent à retirer leur 'by-line',» et n'a donc pas le droit d'imposer des mesures disciplinaires ou de menacer d'en imposer. L'arbitre a accepté l'argument de la Guilde à l'effet que «le byline est un reflet de la personnalité du journaliste et lui appartient tout autant que la couleur de ses yeux et ses autres traits personnels. Il s'ensuit que ce qu'il fait avec son nom ne regarde que lui-même.»

«Aucun arbitre d'où que ce soit n'a jamais aussi catégoriquement affirmé la force, la portée et la protection des dispositions de nos conventions collectives portant sur les références de source,» a déclaré Arnold Amber, directeur de la TNG Canada/CWA, un des plus importants syndicats de l'industrie des médias au Canada qui compte 8 500 membres partout au pays.

Cette décision «est une victoire éclatante pour tous ceux et celles qui ont à coeur la qualité du débat sur les questions d'intérêt public et respectent la dissidence raisonnée dans une société civilisée» a déclaré Jan Ravensbergen, premier vice-président de la Guilde de Montréal. «Nous sommes sûrs que la décision de l'arbitre protège effectivement nos membres contre les représailles de la partie patronale en réponse à leurs protestations contre les politiques de CanWest Global. Ce point est particulièrement important à l'heure actuelle alors que le Sénat du Canada entame un examen en profondeur de la question de la propriété et du contrôle des médias.»

La Guilde des employés de journaux a pour mission de garantir «l'honnêteté constante des nouvelles, des éditoriaux, de la publicité et des pratiques d'affaires» et notre constitution oblige les officiers à «rehausser les normes de l'industrie en matière de journalisme et de déontologie.»


Pour de plus amples informations:

ACCUEIL