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Photo: Arnold Amber "Il est aisé de voir le problème que pose la cession du contrôle canadien à des étrangers. Ces gens qui vont venir chez nous et qui vont dépenser des centaines de millions de dollars ou peut-être même plus pour acheter vos télécommunications, votre câble, vos radiodiffuseurs ou vos journaux n'arrivent pas seulement avec leur argent. Ils viennent aussi avec l'intention de contrôler ces entreprises."

Arnold Amber, Directeur de TNG Canada/CWA, evidence pour le comité du patrimoine

Principales recommandations


Le 12 juin 2003

Le Comité du patrimoine veut geler les nouvelles demandes de propriétés croisées

C'est un bon début — mais il reste beaucoup à faire

TNG CANADA | Analyse

Les Canadiens viennent de recevoir un plan directeur en deux étapes, de la part d'un comité parlementaire qui cherche à protéger la diversité des voix et les valeurs démocratiques au sein de nos médias — et à mettre fin à la préoccupante convergence de contenu entre les médias écrits et électroniques du pays.

Notre Souveraineté Culturelle
La deuxième siècle de la radiodiffusion canadienne


La Guilde canadienne des médias
Le Comité du Patrimoine canadien appuie la SRC/CBC

La première étape, proposée dans un rapport de 872 pages publié le 11 juin, au terme de deux ans de travail, par le Comité permanent du patrimoine canadien, est de maintenir la concentration de la propriété croisée des stations de radio et de télévision aux niveaux actuels.

Pour y parvenir, le Comité recommande d'imposer un moratoire sur l'acquisition de nouvelles stations de radio ou de télévision par des entreprises déjà propriétaires de journaux ou d'autres stations.

La seconde étape lance au Parlement le défi considérable de renverser la vague de la propriété croisée — et de renverser de ce fait, autant que possible, les dommages déjà apportés à la confiance du public.

Identifier les problèmes sous-jacents créés par les nombreuses propriétés croisées, au sein des médias, s'est avéré une tâche relativement simple.

En arriver à ce qu'un comité clé de la Chambre des communes décide que des mesures radicales sont nécessaires pour «protéger l'intégrité de l'indépendance éditoriale et la liberté journalistique», comme l'écrit le comité, représente une réalisation singulière.

C'est néanmoins maintenant que commence le travail vraiment difficile — mettre en'uvre les dispositions de ce plan directeur logique et encourageant.

Ce ne sera pas facile. Si vous croyez que les escarmouches contre la centralisation excessive des médias, au cours des quelques dernières années, se sont avérées pénibles, vous avez évidemment absolument raison.

Mais la bataille à venir promet d'être encore plus pénible.

Une bataille passionnée et difficile contre des intérêts commerciaux et politiques profondément enracinés semble désormais inévitable. Le débat public doit maintenant parvenir à sa conclusion appropriée, afin de rétablir l'équilibre et la diversité médiatique au Canada.

Un cynique pourrait dire que les recommandations tombent au beau milieu d'un vide.

Après tout, Ottawa est en transition. La machine de développement des politiques du gouvernement est virtuellement paralysée. L'attention des personnalités dynamiques de la capitale est presque entièrement tournée vers les péripéties de la course au leadership du trio Martin-Manley-Copps. Et les candidats, ainsi que leur personnel politique, évitent encore plus soigneusement que d'habitude d'offenser les caïds des médias canadiens, ou de faire des promesses qui risqueraient d'entraîner des représailles de leur part, peut-être sous forme « d'éditoriaux nationaux » identiques, publiés le même matin dans la majorité des quotidiens métropolitains à travers le pays.

Personne ne se surprendra du fait que les recommandations novatrices du comité, qui visent à réduire la concentration de la propriété croisée des médias, n'aient pas fait les manchettes d'aucun des journaux publiés par CanWest Global Communications Corp., de Winnipeg, qui contrôle la plus importante chaîne de journaux du pays et le second plus important réseau de télévision.

En fait, la Gazette de Montréal a complètement passé la nouvelle sous silence. Le Vancouver Sun y a consacré un articulet d'à peine 71 mots. À Saskatoon, le StarPhoenix n'a fait que légèrement mieux avec un texte de 138 mots. C'était là une démonstration honteuse et peu rassurante du problème en soi.

Le rapport du Comité du patrimoine a étudié l'avenir de la radiodiffusion au Canada, et s'est opposé à une recommandation précédente du comité fédéral de l'industrie à l'effet d'abolir les restrictions au niveau de la propriété étrangère.

Il précise également qu'il faut immédiatement freiner la création de propriétés croisées du genre CanWest Global. Cette recommandation semble découler en grande partie de la preuve, fournie par les plus importantes entreprises médiatiques canadiennes, qu'ils n'hésiteront pas à se servir de leurs plates-formes publiques pour promouvoir des intérêts commerciaux privés et politiques.

CanWest a été fortement critiqué, au chapitre de l'abus de la confiance du public, après avoir imposé en 2001 des éditoriaux nationaux dans tous ses journaux partout au pays. CanWest a répliqué en invoquant la doctrine de la liberté de presse de l'entreprise, tout en refusant cette même liberté aux journalistes à son emploi.

À tous les niveaux médiatiques, journalistes et propriétaires partagent une répugnance profonde et viscérale envers le concept d'une instance gouvernementale se mêlant des politiques éditoriales, quelle que soit la nature, les capacités ou les compétences des propriétaires en charge.

Le Comité du patrimoine s'est dit entièrement d'accord avec la perception répandue des journalistes voulant que «trop de pouvoirs (médiatiques) sont entre les mains de trop peu de gens.»

Le rapport demande qu'une nouvelle politique fédérale sur la propriété croisée soit annoncée d'ici le 30 juin 2004. Il recommande également que les permis de diffusion actuels de propriétaires de propriétés croisées tels que CanWestGlobal, BCE Inc. et Québécor Inc., soient reconduits pour une durée maximale de trois ans, et se terminent en 2006.

Une façon de servir l'intérêt public tout en évitant qu'Ottawa prenne le contrôle de la politique éditoriale des journaux— qu'il s'agisse des membres de la famille Asper, du clan Péladeau ou des cadres supérieurs de BCE — est de forcer une retraite graduelle des entreprises de la propriété croisée, en ayant recours aux pouvoirs d'octrois de permis du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, le CRTC.

Le Comité a conseillé que le gouvernement et le CRTC «développent des politiques claires et fermes pour assurer l'indépendance des salles de nouvelles, et éviter qu'un petit nombre de grosses entreprises puissent dominer la scène médiatique locale ou nationale».

Cette recommandation se fait l'écho des thèmes avancés ces dernières années par les responsables de TNG Canada, au cours de leurs témoignages devant le Comité du patrimoine et le CRTC.

«Les parlementaires ont clairement entendu notre message», explique Arnold Amber, directeur de TNG Canada. «Au chapitre de la concentration des médias et de la convergence, ils ont maintenant livré un plan d'action appropri», ajoute Amber.

Cependant, il prévient que «ces recommandations n'iront nulle part à moins d'être poussées».

Lise Lareau, présidente de la Guilde canadienne des médias, est heureuse de la direction du rapport : «Il n'existe pas de meilleure façon d'envoyer à Ottawa un message clair à l'effet qu'il faut s'occuper de la question de la propriété croisée des médias dans ce pays».

«Il est évident que le comité a entendu les messages de la Guilde et des autres organisations médiatiques », explique Lareau. « Le rapport est sévère à l'endroit de la propriété étrangère et de la propriété croisée, et favorise la diffusion publique. On n'y trouve rien que les travailleurs des médias ne puissent appuyer.»

Néanmoins, «avec une telle quantité de recommandations claires et exigeantes, on court le risque que plusieurs d'entre elles soient négligées. C'est à nous qu'il revient de veiller à ce que cela ne se produise pas.»

«Nous devons continuer de nous pencher sur ce rapport et sur ses recommandations, veiller à ce qu'ils ne soient pas oubliés, et en faire un enjeu au niveau de la course au leadership et des élections.»


NOTRE SOUVERAINETÉ CULTURELLE
La deuxième siècle de la radiodiffusion canadienne

Principales recommandations

11.1 Ordonner au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de renforcer sa politique sur la séparation des activités des salles presse dans les situations où il y a propriété croisée des médias, afin d'assurer l'indépendance rédactionnelle.

11.2 Que le CRTC mette en place un mécanisme pour assurer l'indépendance rédactionnelle des activités de radiodiffusion. Un rapport au Parlement devrait être présenté chaque année par une autorité compétente (par ex. le contrôleur de la radiodiffusion canadienne).

11.3 Que le gouvernement du Canada publie un énoncé de politique claire et sans équivoque concernant la propriété croisée d'ici le 30 juin 2004.

11.4 D'ici à ce que le gouvernement du Canada publie sa politique concernant la propriété croisée, le Comité recommande:

(a) Qu'il soit ordonné au CRTC de reporter toutes les décisions concernant l'attribution de nouvelles licences de radiodiffusion lorsqu'il y a propriété croisée.

(b) Que les licences faisant intervenir la propriété croisée soient automatiquement renouvelées (c.-à-d. qu'elles fassent l'objet d'un renouvellement administratif) pour une période minimale de deux ans et une période maximale de trois ans.

11.5 Maintenir aux niveaux actuels les restrictions existantes relatives à la propriété étrangère dans le secteur de la radiodiffusion et des télécommunications.

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